Mariage et filiation pour tous : une simple application de l’égalité

Posted on 20 novembre 2012 par

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A moins que vous ayez vécu dans une grotte ces dernières semaines, il ne vous a pas échappé que l’un des débats qui anime férocement la France actuellement est la question du mariage pour tous ET la question de la filiation inhérente à la première notion.

Un point de vocabulaire : je n’utiliserai pas le terme de mariage homosexuel que je trouve réducteur et lui préférerai le terme de mariage pour tous. Autre point à souligner : quel rapport entre la précarité et le mariage pour tous ? Tout simplement le fait qu’à l’heure actuelle, le mariage – en tant qu’institution civile – reste le statut le plus protecteur, ainsi que l’explique cet article du Monde, montrant que les journalistes ont un certain sens de l’à-propos.

Beaucoup d’arguments sont utilisés pour refuser ce projet de loi, notamment la question du bien-être de l’enfant – à qui on n’a rien demandé d’ailleurs – en passant par la décadence de la société – expression galvaudée depuis plusieurs siècles – et bien entendu, les religieux de tous bords se sont exprimés sur ce sujet.

La France étant un Etat laïc, rien n’interdit à ces religieux de s’exprimer. Rien n’oblige non plus les parlementaires à les écouter. Le schéma judéo-chrétien du modèle idéal de la famille a depuis bien longtemps été fissuré et depuis aussi longtemps qu’il existe. Les guerres, les famines, les maladies, ont séparé des familles.  Il n’y avait personne à ce moment-là pour invoquer la décadence de la société ou un quelconque intérêt supérieur de l’enfant pour stopper des conflits armés, y compris aujourd’hui. Il suffit de regarder du côté de la Syrie. Bizarrement, les religieux ne sont pas exprimés pour dire que la guerre civile qui touche ce pays depuis presque deux ans porte atteinte aux valeurs traditionnelles – sauf évidemment à considérer que la guerre est une valeur traditionnelle – mais ça se serait extrapoler.

Voir les religieux refuser un droit est quelque chose de particulièrement douloureux et ce, à deux titres. Tout d’abord, on peut être profondément croyant et être en faveur du mariage pour tous et de la filiation pour tous et c’est justement lorsque l’on est profondément croyant que l’on ne peut être qu’en faveur du mariage et de la filiation pour tous. Non pas parce que les textes parlent du mariage comme du socle fondamental du foyer religieux mais parce que les trois religions révélées nous enseignent qu’il n’appartient qu’à Dieu de juger l’Homme et que nul être ne peut se faire porte-parole de Sa parole et de Son jugement. C’est sur ce point que l’attitude des religieux est douloureuse pour un(e) croyant(e) : ils ont oublié les textes sacrés, ils ont oublié l’enseignement de la véritable Foi et prétendent s’exprimer au nom d’un courant religieux et au nom des autres croyants.

Si la notion de croyance doit nécessairement s’appuyer sur le rejet d’un autre, je refuse mon qualificatif de croyante et rejette une quelconque forme d’affiliation avec une Eglise qui ne croirait pas que tous les Hommes sont égaux.

Revenons au mariage pour tous. D’un point de vue juridique, le mariage est à la fois la rencontre des volontés et une institution. A partir du moment où la loi le permet et que les deux personnes sont concernées sont d’accord pour s’unir, cela ne regarde personne. Le mariage est une institution civile mais appartient à la vie privée des personnes et nul n’a le droit de dire que telle union est « contre-nature ».

Le végétarisme est un mode de vie, la vie en squat d’artiste est un choix de vie, l’homosexualité n’est pas un choix de vie. On ne choisit pas d’être bisexuel, homosexuel, transgenre ou autre. On l’est, tout simplement. Renier à quelqu’un une partie de ses droits civiques en raison de son orientation sexuelle s’apparente à de la discrimination. Légiférer (enfin !) en faveur du mariage pour tous n’est pas une révolution : ce n’est que le rééquilibrage des droits fondamentaux et l’effacement d’une discrimination. De la même façon, refuser à des personnes une filiation est une forme de discrimination. Pourquoi quelqu’un aurait-il moins de droits qu’un autre, en raison de son orientation sexuelle ? Qui suis-je pour dire à la personne en face de moi que ce qu’il est ne devrait pas être ? Ma vie serait-elle à ce point misérable et vide de sens pour que la vie privée de l’autre soit devenue mon principal sujet de préoccupation ?

Sur la filiation, invoquer l’intérêt supérieur de l’enfant reste un argument particulièrement fumeux. Il y a fort à parier qu’un certain nombre d’enfants préfèreraient être élevés, aimés et choyés par deux parents du même sexe plutôt qu’être trimballés de familles d’accueil en familles d’accueil ou casés dans des foyers ou maltraités dans leurs propres familles. C’est justement parce que l’intérêt supérieur de l’enfant doit primer que la filiation pour tous doit enfin être reconnue. Vaut-il mieux mettre un enfant en famille d’accueil ou le laisser auprès d’un parent aimant ? C’est justement pour protéger les intérêts de l’enfant qu’il faut le laisser auprès d’un parent aimant s’il arrivait malheur à l’autre parent. Par ailleurs, dire que la filiation d’un enfant, établi en faveur de deux parents du même sexe, est artificielle, dénote une grande stupidité. L’adoption, la FIV sont des filiations artificielles, pourtant, elles ne jettent pas les religieux dans les rues lorsque cela concerne des personnes hétérosexuelles.

Au final, cette question du mariage et de la filiation pour tous est un exemple concret et très parlant du degré de tolérance de certaines personnes.

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