les joies du salaire minimum

Posted on 25 avril 2012 par

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suite à l’appel à contribution lancé la semaine dernière, Boubelinde a eu envie de témoigner…

Participer moi je veux bien, mais j’ai plus le droit, je ne suis plus une précaire.

Enfin… tout dépend en fait de la définition qu’on en fait. Passque c’est vrai j’ai non seulement un travail maintenant, mais en en plus j’ai touché le graal du 35 heures !

C’était un CUI, un Contrat Unique d’Insertion en 25 heures, à la base. Je dois dire que j’étais surprise et un peu décontenancée d’y être elligible, cela signifiait que j’étais officiellement considérée comme vachte dans la merde. Bon ben j’y go (d’agneau), et avec reconnaissance. Et comme j’ai comme qui dirait du retard et quelques enjeux, je taffe, et je taffe, et je fais mon trou.

mademoiselle Boubelinde, voulez vous prendre le SMIC pour époux, et de l'aimer et le chérir jusqu'à ce que la mort vous sépare?

Et un beau jour on me dit, chère amie, veux-tu revenir dans le monde merveilleux des travailleurs, des vrais, (de ceux qui tapent leurs 35 heures et font pas chier les gentils contributeurs, qui je te signale, ont continué de trimer jusqu’ici pour t’assurer ta pitance) ?

Aussi solennel et tire-larmes qu’un oui devant le maire (j’aurais du filmer d’ailleurs et organiser un raout, pour les bons souvenirs), j’ai acquiescé vigoureusement.

Aaah les premiers temps que c’était beau, ah qu’il était bon à nouveau de découvrir que la question « et toi, tu fais quoi dans la vie ? », avait perdu son caractère anxiogène ! Fière et glorieuse, la tête haute, j’ai repris mes trajets matinaux vers une activité rémunératrice et utile.

Donc Paul merci tout plein pour tes bons et loyaux services, mais je n’ai plus besoin de toi (enfin, pour le moment parce que je suis toujours en CDD, et dans la culture en plus, alors on en reparle après les élections hein).

Jusque là ta mamelle nourricière me concédait encore des sousous pour compléter le maigre salaire qui allait avec mon 25 heures. Et sans que je n’y comprenne goutte je me retrouvais avec une rentrée d’argent au dessus du smic, comment as-tu fait tes calculs Paul ? Je n’en sais rien, mais j’ai pris, je vais te dire, sans sourciller. Cinq mois de ce régime de faste indécent avec environ 1150 €, c’était beau, j’en garde un souvenir ému. D’ailleurs j’ai même pu m’acheter des chaussures EN CUIR et sauver mes pauvres pieds de la torture des pompes en plastoc chinoises !

Mais voilà Paul je ne m’y attendais pas, notre rupture est brutale. Mon petit smic tout sec paye mon loyer, paye mes charges, sombre dans mes factures (de gaz particulièrement) et vient expirer dans mes menus besoins et menus plaisirs (les trucs qui vont avec une vie sociale).

Et là les vieux ennemis reprennent leurs positions, ma banque qui estime que me retirer 100 € en « commissions d’intervention » est tout à fait normal, ma banque qui face à mes petits 1093 € de salaire mensuel vient de comprendre que définitivement, elle ne pourra pas jouer avec mon argent, et décide donc de se servir autrement. Plus j’aurais du mal à me relever, plus elle pourra m’enfoncer.

Et moi j’ai compris, je suis condamnée au smic c’est ainsi. Il ne m’est plus permis, comme je le faisais dans mes longues nuits de chômeuse, de rêver à un salaire décent, à un restau de temps en temps, à quelques dizaines d’euros parfois mis de côté.

Je fais des journées de 8 et 9 heures, je travaille le samedi et le dimanche, j’ai énormément à apprendre et je dois investir toutes mes forces et ma concentration dans ce poste. Mais non, désolée les filles, je peux pas sortir ce soir.

J’ai pas de sous.

Je le sais que je suis bien mieux lotie que vous tous et toutes qui vous vautrez encore dans les fastes de l’assistanat, mais putain, travailler plus pour gagner plus, j’ai testé, et ça marche pas.

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