Tu n’es pas seul

Posted on 23 avril 2012 par

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suite à l’appel à contribution de vendredi, la réaction de Joséfine n’a pas tardé

La phrase « Non, tu n’es pas seul(e) »  m’a interpellée . Longtemps, je me suis sentie seule dans mon combat qu’est le chômage. C’est vrai, au début, on se sent seul, on pense que ça n’arrive qu’à nous, qu’on est incapable de travailler, de trouver ne serait-ce qu’un petit boulot. Toi aussi t’as écumé toutes les agences d’intérim de ta région, tous les cabinets de recrutement aux noms « hype » aux consonances anglaises et les associations pour jeunes et moins jeunes.

Tu as vu les camarades de promo casés, qui eux, ont trouvé un boulot plus rapidement que toi. Tu as donc pensé que ça venait de toi, de ta tronche pas comme il faut, ou de tes stages pas comme il faut, ou de ton parcours pas comme il faut.

"wouhou! hého! toi devant là bas! t'es précaire? tu veux pas qu'on fasse la route ensemble?"

Tu vois, malheureusement, je m’en suis rendue compte que je n’étais pas seule. J’ai fait deux sortes de petits boulots depuis ma sortie de l’université. Un boulot de nuit, compter les articles dans les rayons. Un boulot tôt le matin, la mise sous plis durant les présidentielles. C’est pas grand chose, ma tête n’est pas assez vendeuse pour décrocher des contrats plus longs, mieux payés et avec des horaires « normaux ». Curieuse et aimant tchater avec les gens, j’ai vu que ma solitude n’était qu’un leurre. Beaucoup de jeunes, comme moi, sont découragés et font ce genre de boulot, en attendant. Beaucoup de femmes. Beaucoup d’étrangers. Beaucoup de jeunes. J’ai même vu un camarade qui sortait de la même promo que la mienne (même pas la même classe). Je l’avais croisé à la remise des diplômes de Master. Je me suis dit que tous les chemins mènent à l’inventaire à 250 km de chez soi. À la mise sous plis, j’ai beaucoup ri. J’étais avec une amie, qui elle aussi a bac+5. Comme moi, pas assez d’expérience, pas assez mobile, pas assez compétente, pas assez… Toutes les deux, on sait qu’on n’est pas seules. On a ri, ensemble, on se soutient. On a ri parce qu’on croyait que nos études longues et fastidieuses nous ouvrait les portes du monde du travail. En fait, ne rentrant pas dans les cas précises du marché, on reste sur le carreau. Finalement, on est solidaires de ces femmes sans qualifications, qui elles ont le courage de se lever tous les jours à 5h du matin pour bosser debout toute la journée. Finalement, on se dit qu’on pourrait faire ça toute notre vie. Nous ne sommes plus aussi sûres qu’avant. Qui est sûr de savoir ce qui fera ou deviendra dans 20 ans ? Il y a 30 ans, on le savait. Aujourd’hui, les carrières ne sont plus monotones, le CDI est une denrée rare et décrocher un entretien relève du miracle.

Tu te crois seul à rêver des petites annonces, à avoir peur d’être radié de Pôle Emploi, à pleurer dans ton coin parce que tu n’es pas foutu de décrocher un entretien. Tu te crois seul à faire des petits boulots que t’espère temporaires, à te remettre en question toutes les heures, à stresser, à déprimer, à ne pas arriver à te projeter. Tu n’es pas seul à te sentir insulté quand tu entends que tu es fainéant, un assisté.

Tiens bon. TU N’ES PAS SEUL. Sors, navigue sur internet, interagis avec les gens qui sont dans la même situation que toi. Ça fait du bien, ça fait relativiser.

Sois fort. La nature est ainsi faite : elle sélectionne ceux qui résistent le plus longtemps. Sinon, elle se fera un plaisir de te balayer, comme l’État le fait.

Viens causer avec nous. On est sympa, on rigole sur nos situations toutes désastreuses les unes que les autres. Le but n’est pas de se tirer vers le bas, non. Le but est de se soutenir et de plaisanter.

Posted in: Témoignages