La précarité en tong / chaussettes

Posted on 15 mars 2012 par

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Une nouvelle venue dans la bande. Ladies and gentlemen, let me introduce you Nad, touriste – précaire…

 

Je viens moi aussi participer à ce joli blog qui me fait me sentir moins seule.

Je suis sûre que vous mourrez déjà tous/tes d’envie de me connaître, de savoir qui je suis, ce que je fais, ce qui m’anime, mes passions, mes projets, mes rêves, mes illusions…ne brûlez pas trop d’impatience, je vous délivre tout.

Je suis diplômée depuis 2009 d’un super Master dont le nom pourrait à lui seul faire office d’article de blog, dans un secteur qui « recrute, c’est le secteur qui recrute le plus en France…et dans le monde, croyez nous, vous avez fait le bon choix !! ». Voilà ce qu’on pouvait entendre en entrant en Master 1. Ce que nous aurions du entendre : « le tourisme ? vous voulez parler des métiers de la restauration et de l’hôtellerie ? oui effectivement ce secteur embauche, si vous acceptez de gagner 800 euros par mois, 6 mois par an, que vous acceptez d’être traité comme de la m….archandise, que vous ne souhaitez surtout pas évoluer, alors oui, très bon choix ». Mais voilà, mon problème c’est que je ne me dirige point du tout vers ce tourisme là.

Mon rêve (vous l’attendiez, le voici) était plutôt de monter des projets, promouvoir nos régions, gagner décemment ma vie, bien que je ne sois pas quelqu’un de très attaché à l’argent, je me rends compte depuis ces quelques dernières années qu’il est bien pratique d’avoir quelques ronds…manger est une activité qui me plaît je dois l’avouer, et parfois j’aime m’acheter des vêtements afin de ne pas trop choquer mes concitoyens. Alors oui, gagner un salaire à 4 chiffres  ne me déplairait pas. Me lever le matin avec le sourire et aller accomplir quelque chose qui me passionne, il est vrai que j’en rêve parfois la nuit, aux heures les plus sombres je me surprends à imaginer que je pourrai un jour avec un CDI…qui sait ? avoir « mon » appartement…dans lequel je pourrais enfin défaire mes valises et installer ma déco accumulée depuis toujours, acheter des plantes et les poser dans le coin là bas, ou près de la fenêtre à droite, installer mon ordinateur sur un bureau, ma guitare sur un pied, elle pourrait rester là sans avoir à déménager tous les ans, mon violon pourrait également avoir un place à lui, une vraie, je pourrais envisager d’acheter des meubles à moi, des équipements pour ma salle de bain, un balai à chiottes (toujours utile), des rideaux, je pourrais peut être avoir une place de parking à moi, un petit balcon, rien de bien grand, simplement de la place pour y mettre d’autres plantes, une table et 2 chaises histoire de pouvoir lire le seul livre de ma bibliothèque…je pourrais avoir un porte-manteau aussi ! je me souviens d’une série TV dans laquelle l’héroïne expliquait que pour elle,  le premier « meuble » à acheter était un porte-manteau, avec ça elle se sentait vraiment chez elle (avis aux amatrices de séries Us impliquant des avocates). Je pourrais avoir un canapé convertible pour les potes et la famille, un lit avec un matelas sans l’option « ressorts apparents », une cuisine avec des ustensiles pour faire des gâteaux, des épices, des casseroles qui n’auraient pas vécu la guerre, une table de nuit où je pourrais poser mes lunettes le soir à côté de mon réveil, un vrai placard pour ranger mes fringues, mes chaussures, un balai tout court pour faire le ménage des fois, même un aspirateur, une machine à laver, ou du moins une laverie pas loin…

Pourquoi je vous parle de tout ça ? simplement parce que depuis 5 ans, je suis abonnée aux déménagements : d’abord l’étranger pour mes études en 2007, puis le nord de la France, le sud-est, le nord de nouveau, le sud-est encore une fois, retour vers le sud (le vrai), petite remontée vers le « nord » et me revoilà dans le sud. 8 déménagements en tout en 5 ans. Je n’ai jamais eu la chance de pouvoir parler de « cartons » ayant toujours enchaîné les apparts meublés…avec beaucoup de goût…non pardon, avec un goût certain.

Que signifie s’installer ? Avoir un vrai boulot…j’ai eu pas mal de supers expériences (les fameuses que l’on décrit sur son CV en se disant « avec ça…c’est dans la poche…non ? siii c’est forcément dans la poche, ou « in the pocket » étant de plus bilingue en anglais») mais je ne suis pas ce que l’on pourrait appeler quelqu’un qui dure dans le temps ! Oh ceci ne vient pas de moi ! J’aimerais m’accrocher, comme dirait un philosophe entendu dans une belle émission la semaine dernière « j’aimerais être le morpion qui s’accroche et qui ne se détache pas du slip »…mais apparemment mes patrons trouvent toujours le moyen de me détacher. Malgré leur « immense envie de me garder, vous comprenez, il s’agissait d’un congé maternité et la maman revient…même si nous aimerions que vous restiez à la place, ceci ne dépend pas de nous, mais n’hésitez pas à nous contacter pour nous demander de l’aide, nous vous avons beaucoup appré… » STOP !

Cette situation de retour perpétuel au chômage a certes un impact financier, mais il me semble que l’impact le plus significatif reste l’impact psychologique. Ma première période de chômage a été synonyme de descente aux enfers. Entre autre, retour chez les parents après 3 ans. Puis on retrouve un emploi, on rencontre des gens chouettes (Almira si tu m’écoutes), on se dit que même si le poste n’est pas celui dont on rêvait, il nous permet de nous sentir UTILES. Ahhhh ce sentiment d’inutilité imposé par notre société…je pourrais en parler des heures. « Tu ne travailles pas ?…ah…je suis désolé…ça doit être pesant de ne rien faire et de ne pas faire partie de la population active »…Le tout accompagné de l’angoisse parentale traduite par des reproches, qui n’en sont pas vraiment, juste de la peur et de l’incompréhension générationnelle.

Je pourrais en parler des heures, mais je m’égare. Donc une fois ce 1er boulot terminé… (la « saison touristique » s’achève toujours vers septembre) on revient à la case départ. La période est plus facile à gérer, en tout cas elle l’a été pour moi. On reprend les recherches. On se paye un voyage grâce aux économies que l’on a faites et on ne regrette pas du tout ! Puis on revient à la réalité. Et là, on nous propose un autre poste, pas terrible, mais quand même. On accepte et le poste se transforme en promotion. Là on stresse un peu mais on relève le défi. Voilà ce qu’on appelle une super expérience. 8 mois durant on se dit « ça y est on sert à quelque chose ». On reprend confiance. Puis la maman qui nous avait laissé sa place revient…Dur retour à la réalité encore une fois.

Donc depuis décembre me voilà « inactive » et « inutile ». Mais vous savez quoi ? Je ne le vis pas trop mal je dois dire. Je me permets un peu de temps à moi, je postule mais ne m’angoisse plus. Je ne culpabilise plus tant que ça de ne pas « participer à l’effort »…Je ne pense pas profiter du système. Mon ami Paul me verse une petite somme tous les mois, 900 et quelques euros … vous comprenez pourquoi je ne culpabilise pas.

Peut être pourrais-je vous parler de Paul dans un autre billet…celui-ci me paraît bien long déjà. Je pourrais résumer en quelques mots : Paul, moins tu t’occupes de moi, mieux je me porte. Malheureusement je ne pense pas pouvoir dire cela lors de mon 1er rendez-vous mensuel dans 1 mois…je suis déjà toute émoustillée à l’idée de rencontrer « ma conseillère ». La première fois que j’ai rencontré un conseiller voici ses mots « bon je vous préviens, je n’y connais rien au Tourisme ».

Il semblerait que moi non plus ça tombe bien !

Posted in: Témoignages