Lettre à Monsieur Duchmol

Posted on 11 mars 2012 par

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Cher Monsieur Duchmol,

L’autre jour, vous avez laissé un commentaire à la suite de l’un de mes articles. Commentaire auquel je me suis empressé de répondre. Et bon, peut être qu’à 50 piges, vous ne savez plus ce que c’est, mais la fougue de la jeunesse, parfois, on s’emporte, et on répond n’importe quoi. En l’occurrence, je vous ai dit que votre commentaire était raciste et plein de préjugés et de mauvaise foi. J’ai eu tort. Aussi, je tenais à m’en excuser platement.

En effet, vous avez entièrement raison, et j’ai été suffisamment aveugle pour ne pas m’en rendre compte de prime abord. Pourtant, à vous je peux bien l’avouer. Hé oui, les gens sur le banc en face de chez vous, c’est moi. Par contre, je dois le confesser, je ne suis pas arabe. Mais c’est surtout parce que le cumul des mandats, c’est pas trop mon délire. Rien que de faire partie par intermittence des “gens qui foutent rien”, ça me demande une énergie folle. J’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur pour autant. Et pour ma défense, je vous prierai de noter, mon cher monsieur, que non seulement j’adore me délecter d’un bon steak haché hallal, mais en plus je viens d’une famille d’immigrés. Si je suis effectivement née sur le sol français, ce n’est pas le cas de ma mère. L’honneur est donc sauf.

Tout ça pour dire, que si vous vous êtes cassé la margoulette toute votre vie à aller au turbin pour ramener trois pauvres clopinettes, ben vous vous êtes bien planté. Vous auriez du faire comme moi: de longues études. Payées par le crous, excusez du peu. C’était Byzance, j’étais échelon zéro, ce qui veut dire que j’étais royalement exonérée de droits d’inscription. Et comme je n’avais ni besoin de manger, de me loger, de m’habiller, de m’acheter des bouquins ou d’aller chez le médecin, et que mes parents (eux aussi, grands amateurs de bancs publics) n’avaient pas les moyens de m’aider financièrement, j’ai carrément kiffé ma race comme disent les jeunes. Suite à ça, j’ai été diplômée. Un bac+5. On fait moins le malin, hein! Je fais partie de l’élite de la nation! (C’est pas moi qui l’ai dit, c’est mon directeur de mémoire) Et ben grâce à ce merveilleux sésame vers le royaume de la glande, j’ai pu faire… des stages! A l’époque, l’indemnité de stage s’élevait à 300 boules mensuelles. Mais aujourd’hui, les jeunes ont des goûts de luxe, ils veulent des iphone et des ipad2, alors c’est 436 euros. Après, j’ai eu de la chance: j’ai signé un CDI au smic. Mais travailler, c’est chiant, faut se lever le matin, rendre des comptes à son patron, ce genre de choses. Or moi, ma passion, c’est de me gratter les couilles sur mon canapé. Certes, je n’ai pas de couilles. Mais vous saisissez le concept. Alors j’ai démissionné en prétextant une dépression.

C’est là que j’ai pu me réaliser enfin. Les cdd au smic à temps partiel, j’ai commencé à les enfiler comme des perles. Sauf qu’à un moment, ben des perles, y’en a plus. Et là, c’est le meilleur moment, puisque c’est celui ou le collier est fini. Et mon collier à moi, c’était le plus beau, grâce à mon ancien employeur qui ne m’avait pas déclarée correctement et au pôle emploi qui avait perdu mon dossier. C’est comme ça que je me suis retrouvée au RSA, avec aucune perspective pour retrouver un job.

À moi la liberté! ENFIN! Si vous saviez à quel point c’est sympa le RSA! Vraiment, je vous le recommande chaudement. Ça fait du bien tout partout par ou ça passe. Ne pas en branler une. Ne même pas avoir à se préoccuper de devoir faire semblant de chercher un job, parce que selon le Pôle Emploi, vous n’existez plus. Ne rien avoir à faire d’autre qu’attendre que 474 euros 93 tombe sur mon compte en banque. Ah! Que la vie est douce, quand on a un loyer de 400 euros, un prêt étudiant à rembourser et des factures à payer! Ah! Que les journées sont riantes quand on enchaîne les envois de CV et les entretiens sans le moindre retour positif! Ah! Qu’on rigole fort quand on s’entend traiter de parasite, de bon à rien, de feignasse et d’assisté! Ah! Quels délicieux souvenirs que les fois ou j’ai dû mendier 20 euros à une de mes amies parce que suite à un interdit bancaire inhérent à ma confortable situation de branleuse, je n’avais même plus la possibilité de m’acheter de quoi manger! Quel bonheur de pouvoir profiter des largesses du système pendant que des gens comme vous se font chier à aller bosser tous les jours!

Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin. Et j’ai finalement retrouvé un travail. Pas de mon plein gré. Travailler, j’aime pas ça, je trouve que c’est un concept de droite. Mais malheureusement, ma mamie a appris ma situation, et elle a menacé de me déshériter si je me remettais pas à travailler. Et bon, l’héritage de ma mamie, j’y crache pas dessus. Alors du coup j’ai dû retourner au turbin, et vraiment pas de gaieté de coeur. Aujourd’hui, je suis nostalgique des temps bénis ou je touchais le RSA en compagnie d’arabes, et ou je ne foutais rien de ma journée à part molester les mères de familles déjantées. Et j’attends avec impatience ma retraite (dans approximativement 67 ans, si mes calculs sont exacts), parce qu’avec ma propention naturelle au parasitisme (c’est ma mamie qui le dit. D’après elle, du travail, y’en a plein, y’a bien que les arabes pour dire qu’on en trouve pas) je suis sure qu’elle sera dorée à souhait. Alors en attendant, j’envisage de faire 7 enfants avec 7 hommes drogués, alcooliques et violents (pour attendrir les assistantes sociales, ça rapporte plus) afin de pouvoir toucher de copieuses allocations familiales, et ainsi mener la vie dont vous rêvez.

Pour conclure, mon cher Duchmol, je vous souhaite de tout coeur, puisque cela semble être votre rêve, de perdre votre travail. Ce qui, vu la conjoncture actuelle, pourrait arriver plus tôt que vous l’espérez. D’avoir un conseiller pôle emploi qui vous radiera parce que vous ne vous êtes pas rendu à votre rendez-vous du 12 juin figurant sur une convocation datée du 13 (ce qui est arrivé à ma maman). Et de n’avoir plus aucune autre source de revenu que le RSA, que vous n’aurez qu’à attendre mollement sur votre canapé.

En attendant ce jour béni, et si vous avez un peu de temps devant vous, je vous invite à lire l’onglet témoignage de ce site, afin de pouvoir juger avec plus d’objectivité de ce que nous autres, précaires au RSA, branleurs de bancs publics et assistés chroniques, nous avons dans le ventre et sur le coeur.

Bien à vous,

Paresseusement,

Almira

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