8 Mars

Posted on 8 mars 2012 par

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Mais quel jour sommes nous aujourd’hui?

Oh! Mais c’est le 8 mars! Et non content de se situer entre le 7 et le 9 du troisième mois de l’année, c’est également la journée internationale des droits de la femme.

C’est important une journée internationale des droits de la femme. Il y a bien une “journée mondiale des zones humides”, une “journée mondiale du lupus” et une “journée internationale des ninjas”. Qu’il y ait une journée pour les femmes n’est que justice après tout.

C’est donc une bonne journée pour vous faire part de mon manque d’objectivité. En effet, si je me tamponne totalement des ninjas, en tant qu’heureuse propriétaire d’une paire de seins et d’un vagin, je me sens particulièrement concernée par la journée de la femme. Etonnant, non?

être une femme précaire > être un super héros

Non, c’est vrai, l’intention de créer une journée de la femme est louable. Sans ça, on pourrait oublier que l’égalité entre les hommes et les femmes n’est pas encore une évidence. Par exemple, les femmes n’ont toujours pas la possibilité d’écrire leur nom dans la neige avec leur pipi sans en foutre partout sur leurs moonboots. Mais il y a plus grave. Prenons le monde du travail par exemple, puisque ici, c’est de ça dont on parle.

Premier constat. Selon l’INSEE, les femmes sont plus nombreuses à avoir un diplôme supérieur au bac. Mais on va pas vous la refaire, hein. Si l’équation diplôme = emploi était juste, ça se saurait et on serait peut être pas là. Les femmes sont plus diplômées, et ça leur fait donc une belle jambe. Après tout, c’est ce qu’on leur demande aux filles, d’avoir des belles jambes.

Et avant d’envisager de chercher un travail, il faut faire un CV. Il y a l’étape classique ou on liste ses formations, ses expériences et ses compétences. Et il y a l’étape qui donne des sueurs froides à certaines filles: la partie vie personnelle. A priori pas de problème pour les nullipares. Mais je vous mets au défi de trouver une maman qui, lorsqu’elle notait sur son CV qu’elle a un ou plusieurs enfants, ne s’est pas dit que ça allait jouer en sa défaveur. Certaines choisissent même de passer l’information sous silence.

Vient ensuite la partie entretien. Et là encore, la question revient sur le tapis. Je n’ai pas le souvenir d’avoir passé un entretien pour un job soit en CDI soit en CDD longue durée ou je n’ai pas eu l’impression d’être interrogée par la Gestapo.

“Avez vous des enfants? Non? Avez vous un homme dans votre vie? Depuis combien de temps? Vivez-vous ensemble? Avez vous l’intention de faire des enfants? Pas dans les 14 ans à venir j’espère? Quel contraception utilisez vous? Quelle est la fréquence de vos rapports sexuels? Que pensez vous du sexe anal?”

Je n’ose même pas imaginer à quoi pourrait ressembler l’entretien d’embauche d’une mère célibataire. J’imagine qu’on doit la fouetter avec des fil électriques pour qu’elle jure que si ses gosse ont la grippe, elle les jettera dans un puis plutôt que de prendre une journée enfants malades.

Je ne suis pas un garçon, je ne sais pas comment se passe leurs entretiens. Mais je suis curieuse. Messieurs, soyez honnête. Lors de vos entrevues, vous plante-t-on un halogène dans les yeux pour vous demander l’état de votre semence?

Si elle a de la chance, la femme sera recrutée. Mais attention, pas au même titre qu’un homme! Les femmes sont abonnées aux temps partiels. 80,2% des emplois à temps partiel sont occupés par des femmes. La faute aux enfants? Possible pour un certain nombre de mamans qui choisissent (pas toujours librement) de travailler moins pour s’occuper plus de leur progéniture. Là encore, on est pas égaux. Je ne connais que peu d’hommes qui ont fait le choix d’aménager leur temps de travail, quitte à passer à temps partiel pour s’occuper des gosses. Mais il existe aussi un nombre assez important de postes à temps partiel pour les emplois dit féminins qui le sont pour des raisons économiques. J’en suis la preuve vivante: j’ai pas d’enfants, je suis célibatairj’ai donc la flexibilité dont pourrait rêver n’importe quel employeur. Et bien de tous les postes que j’ai pu occuper dans ma carrière, les ¾ étaient des temps partiels, et avec très peu de collègues à barbe (à part Marie Dominique de la compta).Et évidemment, qui dit temps partie dit salaire partiel. Mais pas un salaire partiel d’homme. Un salaire partiel de femme! A temps plein, l’écart de salaire entre les hommes et les femmes est de 20%. Tous temps de travail confondu, l’écart se hisse triomphalement à 27%. Et tant qu’à faire, plus les emplois occupés sont qualifiés, plus les écarts de salaire sont élevés. Tirez en les conclusions que vous voulez sur ce que ça dit des femelles dans notre société.

Et encore, ces femmes là, elles ont un emploi. Et donc des rentrées d’argents régulières et une certaine autonomie et un peu de visibilité. D’autres n’ont pas cette chance. Et certaines sont dans une situation encore pire: non contentes de ne pas avoir d’activité professionnelle rémunérée, elles ont fait le choix saugrenu de quitter leur conjoint, alors qu’elles ont des enfants. Vous rendez vous compte? Quitter son conjoint? Et puis quoi encore, vous voulez pas non plus leur donner le droit de vote et leur laisser le droit d’avorter?

Et quand elles partent, elles partent avec bagages ET enfants. Ne faisons pas de généralités, il existe évidement des femmes qui partent en laissant les moutards à leur papa. Mais si en 2009, 20% étaient des familles monoparentales, 85% avaient à leur tête une femme. Et concilier la gestion d’une famille et de son quotidien avec un emploi (quand on en a un) ou la recherche d’un emploi (quand on en a pas), je défie n’importe quel patron du cac 40 de tenir le rythme. Et quand on est seule, impossible d’être flexible et disponible. Impossible de s’organiser quand le petit dernier a 40 de fièvre, ou que la garderie de l’école de l’aîné ferme à 18h. Si elles ont de la chance, le papa est un peu disponible et concerné, et les grands parents sont présents. Mais ne nous leurrons pas; ça n’arrive pas à tous les coups. Là encore, je lance un autre défi: trouvez moi un employeur qui serait prêt à accepter de telles conditions. Du coup, plus que les autres, les mères célibataires sont les reines de la précarité.

Et last but not least, j’ai fait un constat réjouissant (ou effrayant, ça dépend de quel côté tu te place). PayeTonPrécaire est un site de gonzesses. Non pas que se soit volontaire, et ce, même si je suis contre la parité, que je trouve être une forme de galanterie (et la galanterie, je lui pisse à la raie). J’estime que pour faire un boulot, quand on a à choisir entre un homme et une femme, on doit choisir le meilleur, point à la ligne. La question du sexe est accessoire, pour ne pas dire carrément hors de propos. Quoi qu’il en soit, j’ai pu constater qu’une très très large majorité des contributions était féminine, et que les réactions étaient aussi largement le fait de nénettes. Partant de ce constat, je décrète dictatorialement que le 8 mars, c’est carrément notre journée, nous, princesses sans le sous.

(Ps. Si tu es un garçon et que tu as aussi des trucs à dire, il serait temps que tu le fasse, je commence sérieusement à me poser des questions)

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