Plaidoyer pour des maisons qui puent des pieds.

Posted on 24 février 2012 par

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La question du logement quand on est précaire est souvent au centre de tout. Petite réflexion très très pertinente d’Hélène…

Dans la vie, j’ai un petit plaisir coupable : j’adore regarder l’émission de M6 « Maisons à vendre ». Cette addiction est tout à fait paradoxale puisque le programme ne manque jamais de m’énerver, à tel point que je ne tiens jamais jusqu’à la fin. Pourtant, je me surprends souvent à guetter le retour de l’émission, que je regarderai avec une délicieuse d’incrédulité, avec le même plaisir que si j’assistais un très bon spectacle de magie. Jusqu’à ce que je réalise une nouvelle fois que l’arnaque est vraiment trop grosse et que j’éteigne la télé.

Pour vous expliquer le concept, l’émission vise à venir en aide à des propriétaires qui souhaitent vendre leur maison mais qui ne parviennent pas à refourguer leur baraque. Ils font donc appel à M6 qui va les aider à rendre leur petit pavillon plus vendable. En général, la solution proposée se résume à une reprise en main de la décoration (trop de bibelots de grand-mère et pas assez de murs « taupe » ou « prune ») et / ou à résoudre le te-rri-ble problème de circulation entre le triptyque sacré « cuisine – salon – salle à manger » qu’il convient de résoudre sur le champ faute de quoi aucun acheteur sérieux ne pourra avoir de « coup de cœur ».

(je souris, mais en vrai, j'ai un gros prêt relais dans les fesses)

Suite à ce diagnostic, on assiste à une série de travaux superficiels : on pète une cloison, on colle un petit coup de peinture sur la cuisine de style « rustique », on transforme une chambre et son cagibi en « suite parentale ». Et hop, magie ! L’affaire est faite et les gogos se précipitent pour signer le compromis de vente.

Ce qui m’agace et me fascine dans cette émission, ce sont les prix. On nous présente quand même une collection de petits pavillons tous plus déprimants les uns que les autres, souvent situés au fin fond de la région parisienne, dans des petites villes du type Bidule-sur-seine ou Machin-en-Yvelines, nécessitant quelque chose comme 1h30 de trajet pour rejoindre le boulot, qu’on peut penser toujours situé, lui, à Paris. L’architecture est inexistante, c’est moche, c’est mal conçu et sans doute avec des matériaux bon marché qui ne répondent pas du tout aux problématiques énergétiques qui vont bientôt devenir cruciales (isolation et consommation d’eau par exemple).

Pour ces constructions plus que moyennes héritées du modèle social et économique des années 60 (et je suis sympa), il va falloir débourser au moins 220.000 euros, et jusqu’à 450.000 pour les modèles les plus élaborés avec barbecue en dur. Personnellement, ce sont des sommes qui me dépassent, dignes de la science-fiction, sachant que le salaire médian en France tourne autour de 1.600 euros (quand il y a salaire bien sûr, ce qui on le sait, est déjà rare).

Je regarde ces gens qui participent à l’émission et je remarque qu’ils n’ont pas l’air spécialement riches, en tout cas pas plus que moi. J’en déduis qu’ils ont du s’endetter jusqu’à la 3è génération pour pouvoir finaliser leur achat.

Surtout, je comprends qu’il est impossible à l’heure actuelle d’acquérir un de ces pavillons si l’on n’est pas déjà propriétaire. Ce n’est qu’en vendant son ancien bien que l’on dispose de l’apport suffisant pour se lancer dans un nouvel achat. La hausse délirante et constante des prix de l’immobilier depuis les années 2000 impose aux propriétaires de revendre toujours plus cher pour rester dans la partie et espérer s’endetter encore un peu plus pour acquérir un bien plus grand, plus neuf, ou mieux situé.

Pour tous les autres, qui n’ont pas hérité de leur oncle d’Amérique ou reçu une donation de leurs richissimes grands-parents, il est tout à fait exclu de se lancer dans un achat si phénoménal. Et c’est bien de cela dont il est question dans cette émission de M6. Le vrai problème, ce n’est pas tellement l’absence du fameux « coup de cœur » de l’acheteur potentiel, c’est plutôt celle de la hausse continue des prix, qui pousse souvent les propriétaires à surévaluer leur bien de plusieurs dizaines de milliers d’euros,  parce qu’ils se retrouvent pris à la gorge par les dettes et les prêts relais, ou parce qu’ils souhaitent aller passer leur (courte) retraite dans le Sud.

Même si on essaie de m’expliquer que les prix de l’immobilier sont tout à fait justifiés car régulés par le mécanisme de l’offre et de la demande, je reste persuadée que la spéculation immobilière de la décennie précédente est une aberration qui nous a fait perdre le sens des réalités. Je suis cependant bien incapable de dire si le marché de l’immobilier va s’effondrer comme une bulle ou si les ravages de la spéculation vont se poursuivre, transformant peu à peu le logement en un gouffre financier et un problème de plus en plus insoluble pour le citoyen lambda.

Dans tous les cas, même si je le pouvais, je crois que je ne ferai jamais le choix d’investir dans le type de maisons que l’on peut voir dans « Maisons à vendre ». Dans mes rêves les plus fous de type « Petite maison dans la prairie », j’imagine plutôt faire construire un petit truc sur mesure du genre écologique et donc très certainement avec beaucoup de bois, inspiré par le concept d’« habitat passif » (c’est à dire des habitations à très basse consommation énergétique)

J’expliquais cette idée à un proche il y a quelques mois, et celui-ci a eu une réaction qui m’a scotchée. Dès que j’ai prononcé le mot « bois », il a pris une expression réellement dégoûtée et il m’a sorti « Ah ! une maison en bois, mais ça pue des pieds ça, non ? Et tu veux pas des toilettes sèches aussi ? ». Le reste de la soirée a été consacrée à se bidonner avec les autres convives en répétant à l’envie l’expression « toilettes sèches ».

Cet épisode m’a fait réaliser une fois de plus la force des préjugés et des habitudes. Les gens trouvent tout à fait normal d’acheter des pavillons Phénix à 300.000 boules qui ne sont pas adaptés à leurs besoins et encore moins à leurs budgets. Par contre, l’idée d’une maison écologique à moindre coût est encore une bonne blague, qui évoque des images de cabanes en bois et de communauté hippie.

Pourtant, il me semble que nous aurions tout intérêt à changer les règles du jeu et à trouver nous-mêmes des solutions, plutôt que d’attendre que « l’offre et la demande » joue de nouveau en notre faveur, ou que les promoteurs immobiliers et autres agences immobilières se décident à renoncer à leurs profits pour le bien de la communauté.

A ce titre, j’ai découvert par hasard un concept qui me paraît être totalement pertinent et tout à fait enthousiasmant : les Earthships, qui sont des habitations construites entièrement à partir de matériaux recyclés et récupérés, et pensées pour être totalement autosuffisantes (eau et électricité).

Pour plus de détails, je vous propose de visionner ce reportage  qui vous présente rapidement la construction du tout premier Earthship Français, dans un village de Normandie.

Pour construire cette maison, il aura fallu 10.000 bouteilles en verre, 750 pneus et 5.000 cannettes. Pour l’alimentation en eau, on récupère l’eau de pluie. Une partie de l’eau est filtrée pour la rendre consommable. L’autre est utilisée telle quelle pour les toilettes par exemple (de vraies toilettes donc) ou encore l’arrosage des plantes. L’électricité est produite par des panneaux solaires, et stockée dans des batteries. Pour le chauffage, le principe est le même que celui des maisons dites « passives » : l’autorégulation. Tout est conçu pour éviter de consommer de l’énergie pour se chauffer. Les murs en pneus et le fait que la maison soit partiellement recouverte de terre permettent une très bonne isolation, en été comme en hiver. Résultat : zéro facture d’eau ou d’électricité.

Je vous accorde que les Earthships ne peuvent sans doute pas solutionner la question du logement dans son ensemble. Pas facile par exemple de construire des Earthships-HLM dans les villes. Cependant, il me paraît évident que ce type d’initiative va dans le bon sens : matériaux recyclés, constructions légères, dépenses énergies maîtrisées, constructions participatives.

En somme, les Earthships sont des maisons qui puent totalement des pieds, et je pense qu’elles ont de l’avenir !

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