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Posted on 17 février 2012 par

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Ne me demandez pas pourquoi je me suis faite cette réflexion l’autre jour mais en pensant aux grandes écoles et aux prépas, je me disais qu’on demandait aux gosses – parce qu’à 20ans on est encore un gosse – d’être très compétents pour qu’ils puissent acquérir des connaissances, donnant accès à des postes prestigieux et finalement finir incompétent.

Ne bougez pas, je vous explique.

Pour intégrer les grandes écoles, il faut obligatoirement passer par des prépas avec tout ce que cela implique en terme d’investissement, de temps, d’efforts et j’en passe. Les élèves vont ensuite dans les grandes écoles, on leur apprend des choses – quoi ? Bonne question – et ils finissent par atterrir dans de grandes entreprises.

Mais le système est vérolé. Il est vérolé car ceux qui passent par certaines grandes écoles doivent normalement intégrer la haute fonction publique pour une durée déterminée. La plupart ont recours à ce que l’on appelle le pantouflage, c’est-à-dire qu’ils vont racheter ou faire racheter ce temps par une grande entreprise privée.

L’autre problème est la compétence et l’affaire Kerviel en a été une bonne démonstration : Kerviel était passé par Dauphine et avait donc commencé au bas de l’échelle des traders alors que ses directeurs avaient atterri tout en haut immédiatement. Résultat : les dits directeurs n’avaient aucune idée de ce qui se trifouillait en back-office.

Quand je vois ça, j’envie le système américain. Aux Etats-Unis, tu peux commencer comme coursier et terminer PDG si tu es suffisamment futé. A mon sens, l’une des raisons pour lesquelles Steve Jobs et Bill Gates sont autant admirés, c’est justement parce qu’ils ont commencé dans leur garage.

En France, si tu commences comme coursier, tu resteras coursier. Pourquoi ? Parce que la compétence n’est pas analysée sous le prisme de la compétence réelle mais sous celui des diplômes, des formations scolaires, donc de la compétence supposée.

Problème : cela ne prend pas en compte certaines autres aptitudes. Et c’est ainsi que l’on se retrouve avec des gens qui sont compétents sur le papier mais incapables dans la réalité.

A côté de cela, des personnes qui n’ont théoriquement pas les compétences mais qui dans le feu de l’action savent très bien faire face à certaines difficultés ne sont pas mis en valeur, pas « utilisés », créant non seulement un sentiment de frustration mais également un ralentissement dans la structure dans laquelle ils travaillent.

Paye Ton Précaire en est la parfaite démonstration. Je veux bien croire qu’il existe quelques personnes qui ne sont fondamentalement pas douées. Mais en lisant régulièrement les témoignages et les commentaires, on se rend bien compte qu’il y a des personnes qui ont des compétences réelles et qu’elles ne peuvent pas s’en servir parce que les postes sont parfois trustés par des fumistes.

La France a un incroyable talent pour laisser sur le carreau les personnes compétentes. La conséquence ? Ceux qui le peuvent se barrent.

Il y a quelques années, le Gouvernement soulignait ce que l’on appelle la fuite des cerveaux pour désigner le fait que les chercheurs vont à l’étranger car mieux valorisés, notamment en terme de salaires.

Rassurez-vous : cela existe toujours, sauf que les cerveaux en question n’ont pas forcément de gros bagages universitaires. Mais ils sont compétents.

Peut-être que pour s’attaquer réellement au chômage, il faudrait commencer par analyser ce qui ne va réellement pas dans le monde du travail. Mais quand on est gouverné par un ensemble de personnes qui sont quasiment tous passées par les grandes écoles, on se dit que ce type de remise en cause en profondeur n’est pas prêt d’arriver.

Posted in: opinions