Quand la précarité te revient en pleine face

Posted on 16 février 2012 par

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Le CDD, la solution à tout nos maux? C’est ce qu’on voudrait parfois nous faire croire, mais gaffe au retour de bâton: témoignage d’une précaire anonyme…

C’est en lisant le dernier article de Paye Ton Précaire, « Bouillotes et plaids polaires » que j’ai tiqué sur l’extrait suivant « Maylis, “pas si précaire que ça puisqu’en CDD à temps plein” (Hé, Maylis, qu’est ce qui t’attend à l’issue de ton contrat? Cherche pas, t’es précaire!) ». Hé oui, elle a raison Almira et d’ailleurs elle fait bien de le rappeler parce que dans la situation de Maylis, on a tendance à l’oublier un peu trop rapidement. Voilà pourquoi j’ai eu envie de raconter aujourd’hui, à toi ami(e) précaire ou simplement à toi lecteur/trice de ce blog, comment ma précarité m’est revenue dans la tronche telle le boomerang de la vie.

(normalement à la fin de ton CDD, il devrait te revenir en pleine poire)

Quand j’ai terminé mon stage de fin d’études en 2010, j’ai eu une sacré veine : j’ai enchainé les cdd dans divers endroits, pendant environ 6 mois Ne sortant pas d’une grande école (j’ai une licence pro, pas de quoi fouetter un chat), j’avais réussi l’exploit de ne pas être au chômage au lendemain de l’obtention de mon diplôme. Le monde était à moi. En décembre, j’ai du me résoudre à chômer bien au chaud chez moi alors que la neige recouvrait la ville (ça tombait bien, je déteste la neige). Début 2011, je retrouve un boulot. Inutile de vous dire que c’est un cdd. De trois mois. Je crois qu’à ce stade, j’avais une bonne idée de la précarité. QUAND SOUDAIN : l’opportunité du siècle se présente à moi sous la forme d’un cdd (hein ? quoi ? encore ?) d’un an [attention ce qui va suivre te fera palpiter] possiblement évolutif vers un cdi. OH. MON. DIEU. Ni une ni deux, j’envoie une candidature, je passe deux entretiens, j’obtiens le poste : je suis embauchée pour un an, sur un projet qui m’intéresse, avec un salaire que je juge bon et quelques autres petits avantages sympas. La vie peut commencer.

Rapidement, le piège se referme sur moi : je m’adapte vite, j’amène ma tasse à thé, ma crème pour les mains, je sympathise bien avec les collègues et je fais l’erreur fatale de me projeter dans l’avenir. Quelle cruche. Comprenez, c’est bien agréable au mois de mai de se dire « tiens je sais qu’en décembre, je serai encore dans cette boîte, je pourrai prendre des vacances… ». Pour la première fois depuis le début de ma vie professionnelle, je pouvais voir plus loin que les trois prochains mois, je pouvais faire des projets. En plus de ça, j’étais (je suis encore) sur un projet qui s’étend non pas sur quelques mois mais sur plusieurs années. Je ne détaillerai pas la chose ici mais lors de réunions, on parle souvent de perspectives à fin 2012, 2013… Et moi je suis là, je sais que mon contrat se termine dans deux mois mais je suis obligée de réfléchir et de voir « plus loin ». Parallèlement, mes collègues s’imaginent déjà me voir rester, tout se passe bien. C’est typiquement dans ces moments-là que je ne me sens pas du tout précaire mais plutôt chanceuse. Par ailleurs, tous mes CV en ligne se périment, je ne les renouvelle pas. D’ailleurs, ça fait bien longtemps que j’ai viré toutes les alertes mails des sites d’emploi…

Vous la voyez venir la chute ? Hein allez si vous avez pas encore compris, c’est qu’en plus d’être précaire, je suis nulle en récit. La chute elle est simple : je vais bientôt devoir retourner pointer à Pôle Emploi, devant m’estimer heureuse de cette expérience en plus sur mon CV et devant remercier mon entreprise d’avoir pris le « risque » d’embaucher un junior (« Parce que tu comprends, c’était tout à notre honneur » dixit ma chef). Ma mission étant terminée, on me file ma prime de précarité et hop, roulez jeunesse, on t’écrira une lettre de recommandation.

Et c’est ainsi que du jour au lendemain, on se prend sa précarité dans la face. Là où je ne suis pas du tout à plaindre, c’est que ma situation financière n’est pas critique et je vais allègrement pouvoir vivre au crochet de la société pendant environ un an et des poussières au cas où j’ai du mal à retrouver du boulot. J’hésite à me payer un tour du monde (la journée nationale du premier degré c’était le 11 février, faites un effort).

Là ou par contre je le vis mal, c’est que depuis cette annonce, un gros mur vient de tomber devant mon nez. Derrière ce mur, il a le vide. Ca semble très mélodramatique dit comme ça mais c’est comme ça que je le vis. Je sais par avance que je vais avoir du mal à envisager de partir en vacances cet été et que je vais passer de heures à éplucher le net, à faire et refaire mon CV, à guetter la moindre opportunité. Je pense que quand ce moment arrivera, je reviendrai avec un article sur « Comment la recherche d’emploi peut-elle virer à l’obsession aggravée ? ».

Alors cher ami précaire, si toi aussi on te fait miroiter des choses, si toi aussi tu commences à t’installer dans ton train-train, voici quelques conseils que j’irais volontiers donner à mon moi de février 2011 :

– Pendant ton cdd, même longue durée, reste à l’écoute du marché de l’emploi. Fais un petit tour sur tes sites préférés disons une fois par semaine car n’oublie pas, si un joli cdi te tombe sur la tête, tu as le droit (légalement parlant) de laisser tomber ton cdd et ce sans scrupules ni regrets.

– Garde à l’esprit ta précarité. Sans pour autant pleurer sur ton sort tous les jours, profite de l’instant présent tout en te tenant prêt à rebondir. Psychologiquement parlant, ça sera plus simple.

– Garde une attitude positive jusqu’à la fin, quitte à jouer un peu la comédie, ça passera toujours mieux auprès de ton futur-ex employeur. Pense au réseau et aux opportunités dont il pourrait te faire profiter.

Et si vraiment tu as besoin d’évacuer un peu la frustration, fais comme-moi et vient apporter ta modeste contribution sur ton site de précaire préféré🙂

Posted in: Témoignages