L’œuf (de batterie) ou la poule ?

Posted on 15 février 2012 par

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Hélène tire la sonnette d’alarme. Jean Prierre Coffe ne la renierait pas, pour sûr…

Ami(e)s Précaires,

Depuis quelques mois, j’ai commencé à m’intéresser sérieusement à ce que je mettais dans mon assiette.  Tout a commencé avec un reportage (1) qui avait pour sujet la généralisation du recours aux surgelés dans la restauration. Dans ce reportage, on voyait notamment un restaurateur, propriétaire d’un établissement proposant une cuisine présentée comme « traditionnelle et régionale» remplir son caddie de conserves et plats préparés achetés disons 2 euros, et que l’on retrouvait ensuite sur la carte de son restaurant au prix de 12 euros. Entre le supermarché et l’assiette de son client, aucune cuisine : le plat est simplement réchauffé au micro-ondes par un ou deux employés et éventuellement agrémenté d’un brin de persil ou d’un peu d’amandes effilées par exemple, histoire de faire un peu plus chic. On apprend que les employés sont des Sri Lankais. Ce sont des réfugiés politique : ils sont en règle vis à vis de l’administration, mais du genre dociles nous explique le restaurateur. On peut les faire bosser 60 heures par semaine par exemple. C’est bien pratique.

Saturnin! Saturnin! (mais ou il est ce con!)

Ces images m’ont choquée, non seulement parce que le procédé s’apparente à mon sens à une arnaque pure et simple, mais aussi parce qu’elles m’ont fait réaliser que j’avais jusque là fait preuve d’une grande naïveté, voire d’une grande bêtise. Quand j’ai vu ces exemples de cuisines de « restaurants », se limitant à quelques micro-ondes et à deux plaques chauffantes, j’ai repensé à tous ces petits restos que j’ai pu fréquenter par le passé. Je me suis souvenue de leurs cuisines qui paraissaient minuscules, de leurs deux cuistots qui débarquaient prendre leur service à 19h, mais aussi de leurs cartes longues comme le bras proposant une dizaine de plats, et autant de salades et de desserts, qui apparaissaient miraculeusement au bout de quelques minutes d’attente : POUF. Il n’y avait pas besoin d’être très perspicace pour comprendre que si ce n’était pas bon, c’est parce que je mangeais le contenu de boites de conserves et de surgelés, dont la composition hautement chimique pourrait faire passer les pesticides pour des produits bio.

A partir de là, j’ai commencé à m’intéresser aussi aux produits alimentaires que j’achetais au supermarché. Évidement, le bilan est désastreux. Derrière les emballages aux couleurs chatoyantes et les promesses des publicités, on retrouve bien sûr des produits industriels trop gras, trop sucrés, trop salés, bourrés de conservateurs, exhausteurs de goûts, épaississants, colorants et autres substances dont les effets à long terme sur nos organismes sont inconnus.

Encore plus terrible – pour moi qui suis sensible à la cause animale – j’ai vu beaucoup d’images insoutenables sur les élevages industriels (de poules, de lapins et autres) et aussi sur les abattoirs ou les conditions de transports des animaux jusqu’aux abattoirs. Si je n’ai pas de problème avec l’idée qu’un animal soit tué pour être mangé (la chaine alimentaire tout ça), je trouve inacceptable d’élever et de tuer des êtres vivants et sensibles dans des conditions si effroyables – des cages qui ne leur permettent pas de se retourner, dans l’obscurité, au milieu des cadavres de leurs congénères, etc – dans le seul but d’augmenter la productivité et les profits, dans le mépris le plus total de leur souffrance manifeste.

Une fois mes petites recherches terminées, j’ai logiquement changé radicalement mon alimentation. A la fois pour des raisons de santé et pour des raisons d’éthique.

Au delà de ces motivations personnelles, j’en suis arrivée à la conclusion que les problématiques liées à l’alimentation sont assez centraux et emblématiques dans la lutte contre la paupérisation, la précarité et tous les effets pervers de l’idéologie ultralibérale. Toutes les pratiques alimentaires que l’on peut désigner sous le terme générique de « malbouffe » sont à la fois la conséquence et un carburant alimentant le système économique libéral. Les animaux qui étaient autrefois considérés comme une richesse sont devenus des animaux-esclaves qui sont destinés à nourrir les masses d’humains-esclaves. Les bas salaires doivent bien se nourrir eux aussi ! Il faut leur proposer des produits à bas prix et peu importe que ces derniers soient de si mauvaise qualité qu’ils provoquent à long terme obésité, problèmes cardiovasculaires, cancers et autres joyeusetés. L’important est de se ménager un bénéfice important et continuer à faire des profits.  La misère se nourrit de la misère, et toutes ces formes d’exploitations sont liées.

Dans la restauration, même topo : fini le métier de cuisinier, avec son savoir faire. Trop cher. On préfère payer au lance-pierre des immigrés, des précaires ou des étudiants, avec des CDD à temps partiel et des plannings flexibles. Quant au client, il paye toujours plus cher des plats toujours plus industriels.

Cerise sur le gâteau, dans les deux cas, il y a bien sûr des répercussions sur l’environnement : pesticides, pollutions, épandages et leurs conséquences (algues vertes en Bretagne par exemple).

L’industrie agro-alimentaire, c’est la 1ere force économique française. C’est aussi bien sûr un lobby très puissant qui, on l’a vu, a obtenu notamment la baisse de la TVA à 5,5%, mesure qui s’apparente à un véritable cadeau fiscal, coûtant plus de 3 milliards d’euros à l’État, pour un effet quasi nul sur les prix, les salaires et les embauches, et qui a surtout profité aux grandes chaînes et aux grands groupes.

Dans la mesure de vos moyens, je souhaitais vous encourager à reprendre le contrôle de votre alimentation. Évidement, cela n’est possible que si vous avez une petite marge de manœuvre sur votre budget alimentation (et donc d’avoir tout simplement un budget alimentation).

Cela dit, les produits transformés, même les plus basiques, sont chers. Acheter un plat préparé ou une sauce tomate en boîte coûte souvent plus cher que de cuisiner un plat à partir de produits bruts. Manger mieux ne signifie pas forcément dépenser plus. A budget égal, il suffit parfois de rééquilibrer pour manger plus sain : moins de graisse et de sucre bien sûr, mais aussi moins de protéines animales (et de meilleure qualité), plus de protéines végétales, plus de céréales complètes (et variés), plus de légumes et plus de légumineuses. Acheter un fruit frais (banane, pomme) c’est aussi quelque chose d’abordable. En cherchant un peu et en lisant les étiquettes, on trouve des produits tout à fait corrects dans les hypermarchés.

Bien sûr, cuisiner c’est aussi plus long. Chercher des produits frais et pas exorbitants pour autant, cela demande un certain investissement. Vous allez me dire que le temps est un luxe que l’on n’a pas toujours.

Pour autant, améliorer son alimentation, cela n’est pas non impossible, ni si compliqué que cela en a l’air. C’est parfois une simple question de choix. Une question de priorité aussi. C’est aussi une histoire de goût et d’habitudes héritées de notre éducation. Vous avez du mal avec les légumes ? Redécouvrez les épices, un peu chères à l’achat, mais qui durent longtemps et qui vont révolutionner votre assiette.

L’être humain mange en groupe, en famille. Il a des interdits et des traditions alimentaires. En somme, l’alimentation est chez l’être humain un acte éminemment social, voire politique quand nous choisissons un mode d’alimentation à contre-courant de nos pratiques culturelles. Actuellement, ce sont surtout les industriels qui nous dictent notre façon de nous nourrir, nous manipulent à coups de publicités mensongères, façonnent notre goût en nous proposant des aliments au goût et à l’aspect uniformes. Le sucre notamment, est un produit addictif parmi les plus puissants. Les produits industriels en sont farcis. Et pas seulement les desserts.

Je ne crois pas que l’alimentation soit un problème de riches ou de « bobos ». C’est une question qui nous touche tous, puisque nous avons tous besoin de manger, et qui nous donne une occasion concrète d’agir au quotidien. Libérez-vous de la malbouffe. Ne laissez pas les industriels décider de vos goûts. Gagnez en indépendance en réapprenant à cuisiner, à transformer les aliments. Redécouvrez les saveurs. Écoutez votre corps et comprenez ses besoins. Ne cautionnez ni les saloperies faites à l’abri des regards dans les élevages industriels et les abattoirs, ni l’exploitation des salariés, ni l’arnaque pure et simple des consommateurs.

(1) Envoyé Spécial : “la gastronomie du micro-ondes” de Michel Guetienne et Frédéric Bohn

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