Haro sur les chômeurs ?

Posted on 13 février 2012 par

16


Campagne présidentielle et crise économique obligent, le thème que se doivent d’aborder tous les candidats dans leur programme est bien sur la question de l’emploi et de son jumeau démoniaque, le chômage.

L’actuel Président de la République, Nicolas Sarkozy, qui ne s’est pas encore officiellement déclaré candidat pour les élections de 2012, a une solution presque toute trouvée pour résoudre le problème du chômage : obliger les chômeurs à reprendre le chemin du travail, solution qui est la suivante : « créer un nouveau système dans lequel l’indemnisation ne sera pas une allocation que l’on touche passivement, mais la rémunération que le service public de l’emploi versera à chaque demandeur d’emploi en contrepartie de la formation qu’il devra suivre ». « A l’issue de cette formation, qui sera obligatoire, le chômeur sera tenu d’accepter la première offre d’emploi correspondant au métier pour lequel il aura été nouvellement formé »

Origine de cette idée ? Un hybride des modèles suédois, allemand et britannique mais en beaucoup plus sévère. Arrêtons-nous quelques instants sur cette déclaration.

Les termes indemnisation, allocation et passivement dans le même segment de phrase sous-entendent que le chômeur est une personne qui a choisi de ne plus aller travailler et vit dans une sorte d’oisiveté contemplative, tout comme Rousseau contemplait la Nature dans ses Rêveries du Promeneur Solitaire. Personnellement, la période de chômage que j’ai connu l’année dernière ne me laisse pas un souvenir d’oisiveté contemplative. Passer son temps à courir les petites annonces, les petits boulots, à compter les sous, à remuer chaque centimètre carré pour y trouver un peu de monnaie n’est pas exactement de tout repos. Pôle Emploi je ne connaissais pas et de toutes façons, je n’avais droit à aucune forme d’aide étatique qui soit.

Continuons avec le deuxième segment de phrase. Nicolas Sarkozy explique que le chômeur devra obligatoirement suivre une formation sous peine – c’est du moins lourdement sous-entendu – de ne plus toucher aucune cotisation. Donc ma copine Charlotte qui possède un Master 2 en Marchés Publics devra obligatoirement suivre une formation de coiffeuse si elle veut continuer à percevoir trois francs six sous. A ce compte-là, elle aurait plus vite fait de faire directement coiffeuse.

Je me demande simplement avec quel argent on va former tout ce petit monde. En effet, dans un autre article, une internaute soulignait le fait que ce n’était pas faute de demander des formations pour revenir dans le monde du travail mais tout simplement l’absence de fonds dans les caisses des organismes sociaux.

Terminons avec le troisième segment de phrase et continuons la démonstration avec ma copine Charlotte. Ainsi initialement préparée à travailler dans le domaine des marchés publics, elle prend une formation de coiffeuse et on lui propose un emploi de toiletteuse pour chiens. Après tout, des poils ou des cheveux c’est pareil et si elle a appris à faire des bouclettes sur un être humain, elle pourra très bien faire un brushing à un bichon maltais.

Est-il nécessaire d’aller plus loin dans cette démonstration par l’absurde ? Cela ne me semble pas nécessaire. Je me permettrais néanmoins de souligner un fait : les allocations chômage ne sont pas une faveur, c’est un droit. Vous en doutez ? Alors pourquoi 25% de votre salaire est-il amputé, notamment au profit d’organismes sociaux, justement créés pour gérer les questions du retour à l’emploi ? A partir du moment où on a travaillé et où on a cotisé, l’argent que nous recevons passivement n’est ni une allocation, ni une faveur : c’est notre argent. Par ailleurs, je ne sais pas à combien se montent les allocations en question, mais une chose est sûre, je n’ai jamais vu de chômeur se promener tranquillement à bord d’une berline allemande avec un coffre rempli de sacs provenant de boutiques de luxe de l’Avenue Montaigne, en prévision du prochain évènement mondain.

Dernière idiotie : la part d’imposition. En lisant ma dernière fiche de paye, j’ai eu une surprise : le montant imposable est supérieur au montant perçu. Croyant à une coquille j’en discute avec des collègues. Il ne s’agit pas d’une erreur mais bien de l’application d’une nouvelle mesure consistant – si j’ai bien tout compris – à prélever une taxe sur une taxe. Vous n’avez pas compris ? Ca tombe bien, moi non plus.

Je vais soulever, non pas un point Godwin, mais plutôt un point Molotov : cette obsession de remettre systématiquement les chômeurs au travail, peu importe le poste, peu importe le salaire et peu importe la qualification, me fait furieusement penser à ce qui se pratiquait jusqu’à récemment dans les pays de l’Est. Mais ça, c’est une autre histoire que je vous raconterai un autre jour.

Posted in: opinions