Une Révolution peut naître de la précarité

Posted on 9 janvier 2012 par

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Comme le suggère avec sagesse Tris, il serait bon de tirer des leçons de nos expériences passées…

L’autre jour, je causais allégrement des taxes, impôts et autres et je vous avais promis une anecdote. La voici.

En 1989, un vent de révolte souffle sur les pays de l’Est et la Roumanie n’échappe pas à la règle. Le résultat, on le connaît tous : on a chopé les Ceausescu avant qu’ils ne montent dans leur hélicoptère, on leur a fait un procès express et on les a gaiement zigouillés. Partie visible de l’iceberg.

 

Mais la raison principale pour laquelle la révolution, dont on dit qu’elle était programmée et orchestrée (par qui ? Va savoir), a éclaté, c’est qu’elle avait quand même un terreau fertile. La liberté d’expression ? Les droits de l’Homme ? La raison a été beaucoup plus prosaïque : la faim. 60 ans de communisme a littéralement affamé la Roumanie. Notre Conducator pouvait bien se vanter d’avoir mis fin à la dette mais en mettant au régime tout le peuple. J’ai encore en mémoire le souvenir des étals de magasins vides et les files d’attentes longues comme un jour sans pain, c’est le cas de le dire.

 

Soyons clairs : tout le monde magouillait pour avoir un peu plus de pain, de viandes, de légumes, de tabac. Le film 4 mois, 3 semaines et 2 jours le montre très bien. Tout le monde troquait avec tout le monde et le moindre petit truc. Héritage toujours en application car il n’est pas rare dans certaines administrations roumaines de devoir laisser un petit cadeau pour obtenir la formalité souhaitée. Les habitudes ont la vie dure comme on dit.

 

Mais vous savez ce qui a fait que la colère est montée d’un coup contre le couple présidentiel en 1989 ? Lorsque la Révolution a commencé, les manifestants ont joyeusement mis à sac le palais présidentiel pendant que les deux gus essayaient de se sauver. Ils ont trouvé des bijoux, des objets rares, des vêtements fins mais surtout, de la nourriture en abondance et … des cigarettes américaines dont je tairais la marque.

 

Curieusement, le passage montré à la télévision roumaine (puis française) du manifestant  sortant d’un sac en toile, plusieurs cartouches de ces fichues cigarettes américaines est restée ancré dans ma mémoire. Parce qu’il était le symbole de tout le fonctionnement de la Roumanie. Le troc que l’on faisait à coups de cigarettes américaines avec le médecin pour être mieux soigné, l’étudiant pour tricher aux examens, le fonctionnaire pour avoir une formalité, la réceptionniste pour prendre une chambre hôtel (interdit de prendre une chambre d’hôtel en Roumanie, sauf pour les étrangers et les membres du Parti). Des clopes et du chocolat suisse. Pour la petite histoire, le chocolat, le vrai, n’existait pas en Roumanie. C’était une espèce d’ersatz particulièrement infect. Idem pour le café.

Et maintenant ? Maintenant j’ai l’impression que les choses sont plus ou moins identiques, la liberté d’expression en plus dans le cas de la Roumanie mais vu ce qui est en train de se passer en Hongrie, en Biélorussie et au Kazakhstan, je commence à me poser des questions. Concrètement, il y a toujours une société à plusieurs vitesses que la crise n’arrange pas. En 2009, le SMIC roumain était de 300€. En parcourant un article dans Le Monde sur la fermeture de Nokia dans une petite ville de Roumanie, j’ai appris qu’il était descendu à 160€.

C’est vrai qu’on a de la chance d’être en France mais je me dis que les Gouvernements n’ont pas appris grand-chose des Révolutions, qu’elles soient Française, Roumaine ou Tunisienne. Ce qui a mis le feu aux poudres, c’est la précarité de la population. Soyons honnêtes : malheureusement la précarité existera toujours, mais on peut essayer de la réduire le plus possible.  A l’approche des élections présidentielles, les politiques devraient réfléchir à comment la faire baisser, non pas à inventer des taxes qui vont faire tomber encore plus dans la précarité les personnes déjà fragiles. Ca serait déjà plus constructif que de s’envoyer des vannes à la figure via Twitter ou par journalistes interposés. Et ça éviterait peut-être que la grogne ne devienne générale.

Posted in: opinions