Un faux travail?

Posted on 5 janvier 2012 par

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Aujourd’hui, Tris paye le champagne (c’est une nouvelle règle: chaque précaire qui trouve un job paye son champagne)

Il y a le vrai travail et le faux travail

Je ne sais pas si je vous l’ai déjà dit, si c’est le cas, je vous prie de pardonner mon Alzheimer précoce, mais j’ai réussi à trouver un travail. Je suis encore en période d’essai mais j’ai bon espoir qu’il devienne ferme. Verdict dans quelques semaines. Bref, donc j’ai un emploi et j’ai eu droit à une surprise : il m’a été dit que mon emploi actuel était mon premier VRAI travail.

Je ne savais pas qu’il y avait de faux jobs. Des emplois fictifs à la rigueur mais n’étant pas une proche de la Mairie de Paris ni de Jacques Chirac, je ne suis pas concernée. Mais qu’est qu’un vrai travail ? Non parce que, pour la petite histoire, j’ai quasiment toujours travaillé pendant mes études universitaires, boulots qui ont toujours donné lieu à des heures de travail effectifs en adéquation avec mon contrat de travail de mon côté et au versement d’un salaire de la part de mes différents employeurs. Des boulots avec des horaires, des obligations et parfois même un uniforme. On est quand même loin du faux travail.

En discutant avec un collègue, celui-ci me dit que dans l’esprit des gens, un vrai travail est un travail qui te permet de mettre en application les différents enseignements que tu as pu tirer de ta scolarité. Dans cette hypothèse, mon emploi actuel ne peut pas être considéré comme un VRAI travail puisque je suis à mille lieux de ce que j’ai appris à l’université. J’ai fait une maîtrise de droit public général et je suis community manager. Cherchez le lien et si vous le trouvez, envoyez-moi un pigeon voyageur, les mails, c’est tellement 20eme siècle.

Mauvais esprit mis à part, je suis épatée par ce discours mi-paternaliste, mi-condescendant. J’ai dû faire les jobs les plus idiots (pardon) durant mes études, mais chacun d’entre eux, à leur façon, m’ont apporté quelque chose, j’ai appris de chacun de mes petits boulots. C’est vrai que mon parcours personnel est particulièrement hors-normes. Il paraît que ça fait mon charme. Mais est-ce que si mon parcours avait moins singulier, je serais au poste dans lequel je suis actuellement ?

Rien n’est moins sûr. Surtout en temps de crise et il suffit de lire les différents témoignages qui fleurissent ici pour se rendre compte que marcher dans les clous, intégrer la norme sociale et professionnelle n’est pas toujours payante, bien au contraire.

Au final, c’est peut-être justement le hors-norme qui paye le mieux et soyons honnêtes, à chaque fois que j’ai eu des jobs pour lesquels je n’étais pas à la base configurée, je les ai obtenu au culot. De la verve pure et simple, au cri de « je ne connais pas mais j’apprend vite ».

Je vais même pousser l’honnêteté jusqu’à dire qu’avec mon seul bagage universitaire, je serais encore au chômage ou étudiante précaire. Sincèrement, on fait quoi avec une juriste de droit public général ? C’est sûr que dans les dîners mondains, être capable de causer à l’envi des grandes théories de philosophie du droit, ça en impose. Mais aux dernières nouvelles, cela ne paye pas réellement les factures. Ce qui a été remarqué dans mon CV, c’est mes boulots pendant ma scolarité, mon côté bloggueuse (j’avais un blog avant que j’ai fermé), mes activités extra-scolaires comme j’aime les appeler – ceux qui me suivent sur Twitter savent de quoi je parle – et mon caractère. Preuve supplémentaire s’il en est besoin, ce ne sont pas mes compétences de (piètre) juriste qui sont le plus sollicitées.

C’est peut-être ce que les conseillers d’orientation et autres ronds de cuir devraient intégrer et surtout dire aux élèves, aux étudiants : cultivez votre propre personnalité, vos propres hobbies, allez vers des voies qui ne sont pas forcément en adéquation avec vos études ou votre formation professionnelle, car c’est peut-être comme ça que vous ferez mouche.

C’était le conseil à deux ronds cinquante du jour.

Posted in: Témoignages