Hé, Dukon!

Posted on 4 janvier 2012 par

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Depuis hier, les réseaux sociaux s’emballent. Et ils ont bien raison.

La cause de cet emballement? La fameuse option Dukan au Bac. Pour ceux qui vivraient dans une grotte, Dukan a proposé, lors d’une lettre ouverte au futur président de la république, une option “mince” au bac. Pour faire simple, plus tu fais d’efforts pour rentrer dans un 36, plus tu auras de points au bac. Voilà une option nullement injuste discriminatoire ou dangereuse. On se demande même pourquoi on y a pas pensé plus tôt tiens. Et si la grotte est tellement profonde que tu sais même pas qui est Dukan, sache que c’est un pseudo nutritionniste qui te fait perdre des tonnes de kilos en te faisant bouffer du son de blé et des blancs de poulets. Grâce à ce merveilleux régime, non seulement tu perd du poids en allant faire caca plusieurs fois par jour, mais en plus tu deviens tout carencé et totalement accro à cet amaigrissement miraculeux, ce qui n’est évidemment pas sans conséquence…

ceci est un puissant laxatif qui peut vous faire gagner des points au bac

Précaires, nous sommes directement concernés par cette énormité. Effectivement, le surpoids et l’obésité peuvent avoir de nombreuses causes. Outre les prédispositions génétiques, les troubles alimentaires ou encore les aspects psychologiques, l’une des causes de l’obésité c’est… je vous le donne en mille… la précarité.

Et oui, manger bien, sain, équilibré, ça demande de l’argent, de la motivation et de la confiance en soi. Trois choses dont les précaires ne sont pas forcément pourvus.

Commençons par l’argent. Il suffit d’un tour dans les rayons du Lidl du coin pour le comprendre: un menu à base de produits frais, locaux et sains n’entre pas dans le budget d’une mère de famille citadine et sans emploi. Alors à défaut de mieux, elle y calera des boites de raviolis, des lasagnes surgelées, et un paquet de faux pépitos. Et que dire de l’étudiant qui se nourrit uniquement de nouilles chinoises (53cts la portion, qui dit mieux?) à la composition plus qu’exotique, ou encore du jeune chômeur qui calcule la contenance de son maxi pot de sauce tomate et du format familial du paquet de coquillettes en fonction de la prochaine fois ou il pourra faire des courses (dans approximativement 28 jours selon mes calculs)? Si je me contente d’étudier mon cas, c’est simple. Quand je fais mes courses, je zappe immédiatement le frais: ça ne se conserve pas, et je ne pourrais pas aller au supermarché deux fois dans le mois: je dois tout concentrer en un seul voyage, tant que je peux payer. Quant au congélateur, je n’en ai pas, trop cher. Alors dans mon caddie, on trouve des pâtes, du riz, de la purée mousseline, de la soupe en sachet (en brique, elle ne se conserve pas non plus une fois ouverte), et des boites de haricots. Les jours de fête, j’y mets un paquet de fromage rappé, celui ou il n’y a même pas d’inscription sur le plastique. Et la viande? HA HA HA HA HA. LA VIANDE.  Et quand c’est non seulement la fête mais qu’en plus je reçoit, j’achète des chips. Il ne faut pas être sorti de la cuisse de Jupiter pour savoir que n’importe quel nutritionniste vomirait l’intérieur de mes placards. Et encore, je peux m’estimer chanceuse, parce que dans ma famille, il y a de nombreux jardins, et je peux grapiller aisément quelques tomates quand c’est la saison. Et je suis seule. Alors les familles entières, elles font comment? Bah elles mangent mal, c’est toujours mieux que de pas manger du tout.

Vient ensuite la motivation. Encore une fois, je ne parlerai que du cas que je connais le mieux, à savoir le mien. Certes, 1 kilo de courgettes, c’est pas bien cher. Mais, les courgettes, faut les cuisiner. Les accommoder. Ça demande du temps, de l’énergie, de l’amour. Oui, même pour des courgettes à l’eau. Or, quand on a passé la journée à se battre contre une administration obtue pour quémander trois cacahuètes, ben on a pas envie de se retrouver à peler des courgettes. Surtout que les courgettes, ça cale pas. Personnellement, ce dont j’ai envie dans ces moments là c’est d’un bon plat doudou, qui tient bien au corps et qui rassure: les coquillettes au ketchup. Pourtant, j’adore les graines germées et le velouté de brocoli maison. Mais quand je suis seule, et déprimée, ben PAF! Coquillettes.

And last but not least, la confiance en soi. Je part du principe que la bouffe n’est pas uniquement bonne pour le corps. Elle est bonne pour l’âme aussi. C’est un moment de partage, de convivialité et d’amour. Quand on cuisine pour quelqu’un, on lui fait un cadeau. Evidemment, je ne parle de grande cuisine. Une simple salade de tomates peut aussi faire la blague. Ce qui compte, c’est d’avoir pensé son menu en fonction du goût et du bien être de ses convives. Et franchement, quand on a le moral dans les chaussettes à force d’avoir du mal à joindre les deux bouts, le convive, on a plutôt envie de l’envoyer au McDo. De surcroît, on en a tous fait l’expérience, il est bien plus facile et tentant de manger gras et sucré que sain et léger. Que celui qui se dirige sans la moindre hésitation sur l’assiette d’endives vapeur alors qu’on lui propose une pizza 6 fromages me jette la première pierre. Manger correctement découle d’une envie, nécessite des efforts, et parfois même un peu de courage. C’est une discipline, qu’on essaie de suivre un régime quel qu’il soit, ou qu’on essaie juste de manger équilibré. Or à un moment donné, à force de n’être qu’un morceau du cancer de la société, on a surtout besoin de réconfort, et de douceur. Et comme on ne peut pas se payer un week end détente, ni même un demi détente, on se rabat sur ce qu’on a dans le frigo: du fromage. Oui, le râpé sans marque qui traîne tout seul dans le frigo.

Alors voilà Monsieur Dukan. Quand on voit comment ta boutique en ligne est achalandée, quand on voit aussi le nombre de personnes qui ont acheté tes bouquins, sans parler des coachings que tu proposes, je pense pouvoir dire que la question de la précarité ne t’a pas effleuré une seule seconde. Pour toi, un lycéen doit forcément être beau, lisse, propre, mince et riche. Un peu comme le reste de la société. Sauf que moi, la société, je l’aime un peu comme ce que je mange:  variée, cosmopolite, imaginative, créative, conviviale, et tant pis si elle est pauvre en produits nobles mais riche en matière grasse. C’est ça qui lui donne son bon goût. Et puis de toute façon, avoir son bac, ça sert à rien, puisque les études, ça conduit tout droit au chômage.

Demain nous parleront de cet homme, sur le site de la redoute, qui est tellement précaire qu’il doit se baigner nu, même en présence d’enfants.

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