Incitation à la précarité ?

Posted on 3 janvier 2012 par

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La grande Tris nous parle cinéma, grossesses et précarité. Cet article plairait surement beaucoup à Colonel Reyel

Vous avez peut-être entendu parler de ce fait-divers qui s’est produit à Gloucester (Massachusetts) : 17 jeunes filles qui font le pacte de tomber enceinte en même temps afin d’élever leurs enfants dans une grande maison, style communauté et devenir indépendantes. De ce fait-divers, deux réalisatrices en ont tiré une adaptation française, apparemment assez médiocre, d’après les critiques, notamment celle du Monde et de TV5 Monde.

vous croyez qu'à la caf on peut prendre un ticket pour 17?

J’avoue rejoindre les critiques du Monde et de TV5 Monde sans pour autant avoir vu le film et je vous explique pourquoi. Dans l’adaptation française de ce fait-divers américain, à écouter les réalisatrices qui se la jouent bobo-intellos, l’idée est de montrer la grâce de la jeune fille en fleur qui devient maman, le focus est fait sur des adolescentes qui souhaitent s’extirper de leurs conditions sociales en devenant mères.

Les organismes de santé publiques s’inquiètent régulièrement de l’apparente montée des grossesses chez les adolescentes. Et pour cause. Quel avenir peut-on avoir quand on devient mère à 17 ans ? Quelles études peut-on poursuivre ? Quel métier peut-on faire ? Même si l’adolescente est en couple (sic !) et qu’elle est aidée – financièrement ou autre – par ses parents ou des organismes sociaux, pardon, mais l’avenir me semble bien bouché.

En faisant des films vantant la beauté de la grossesse chez l’adolescente, n’est-ce pas finalement inciter d’autres adolescentes à emprunter cette voie et finalement les inciter à tomber dans un schéma de précarité ? Je ne dis pas que la maternité est une condition détestable mais soyons réalistes quelques instants : un enfant nécessite non seulement des soins et une attention constante mais également des frais : pédiatre, vêtements, couches, nourriture. Tous les reportages lénifiants sur les grossesses adolescentes montrent que ces jeunes filles sont aidées par leurs parents et c’est justement parce que les parents voire les grands-parents sont présents qu’elles arrivent tant bien que mal à garder la tête hors de l’eau.

Au lieu d’inciter les jeunes filles à faire quelque chose de leurs vies, à les pousser à faire des études, à avoir un métier qui va les intéresser, à être indépendantes, on continue à perpétrer cet espèce de légende de la sacro-sainte maternité sans laquelle une femme n’est pas totalement accomplie. Je ne vois pas ce qu’il y a d’épanouissant à se demander ce qu’on va faire de sa vie parce qu’on a un enfant en bas âge et qu’on est trop épuisée pour préparer ses épreuves anticipées de baccalauréat.

En faisant cela, on les incite non seulement à rester dépendantes une bonne partie de leur vie, de leurs parents, de leur compagnon quand elles en ont un, des organismes sociaux, mais on les maintient dans la précarité et c’est ce qui me choque le plus. Car si vous notez bien, vous verrez que la plupart des adolescentes enceintes montrées dans les reportages appartiennent généralement à ce que l’on appelle très pudiquement, les classes populaires / ouvrières. C’est vrai que souligner la précarité des grossesses adolescentes n’est pas sexy, cela ne fait un beau film qui pourrait être primé à Cannes par une assemblée de bobo-intellos made in 6eme arrondissement de Paris. Mais ce serait déjà plus en phase avec la réalité.

Que l’on soit pour ou contre l’avortement et/ou les moyens de contraception, soit. Mais je n’entend jamais aucune association pro-life reconnaître que mettre au monde un enfant est également un investissement et que lorsque la maman est seule et précaire, c’est une gageure. C’est déjà compliqué lorsque l’on est en couple, stable, financièrement indépendants. Quelle vie va-t-on offrir à ce petit être ?

L’horloge biologique semble exister (en tout cas, j’en ai fais récemment les frais). Mais à 16-17ans, j’ai du mal à croire que le désir d’enfant chez des adolescentes ne soit pas autre chose qu’une espèce de lubie et si parmi l’arsenal que l’on déploie pour prévenir les grossesses adolescentes, on mettait avant l’ensemble des difficultés que les futurs très (trop ?) jeunes mamans vont rencontrer, y compris professionnellement et financièrement, peut-être que certaines y réfléchiraient à deux fois.

Avoir un enfant et donner la vie est sûrement l’une des choses les plus belles au monde mais il ne faut jamais oublier que cela n’est pas sans engagements.

Pour complément, lire cet article  tweeté par @julierouzaud

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