Les précaires aussi ont droit à un conte de Noël

Posted on 26 décembre 2011 par

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On aime bien les jolies histoires à Noël. Merci Tris!

Noël est sans doute l’une des périodes les plus difficiles qui soient dans le calendrier lorsque l’on est précaire. Alors je me suis dit qu’une petite histoire vous remonterait le moral.

Lorsque j’étais encore étudiante, je cherchais un travail compatible avec mes heures de cours. Je finis par atterrir dans un club où je me fis allégrement torturer par le manager. Tout ce qui avait été possible de faire pour m’humilier avait été fait : l’habit blanc, le poste de commis normalement réservé aux hommes, les insultes, le harcèlement moral et sexuel, bref en un mois et demi, ça avait été plutôt sportif. Pour info, en club, le commis est celui qui va nettoyer les tables, porter les vasques dans lesquelles se trouvent les bouteilles, les verres, les jus de fruits, les glaçons, etc. Peu de pourboires, beaucoup de charges à porter, bref, le bas de l’échelle.

vous saviez que j'étais propriétaire de club vous?

Jusqu’au jour où je me suis rebellée. Qu’ai-je fait ? J’ai fait croire à tout le monde que j’enregistrais les propos du manager sur mon MP3 et que j’étais tout à fait déterminée à balancer la bande à un tribunal, surtout que j’avais de quoi faire, vu que j’étais au black.

La balance a été temporairement rétabli. Mais un jour, le directeur de l’établissement a préféré garder son manager plutôt qu’une employée. Donc ils m’ont viré. Je me rappelle encore les mots du manager : tu es finie, tu ne travailleras plus jamais dans la nuit, je ferais en sorte que personne ne t’embauche.

Trois semaines après cette scène épique, je rencontrais le directeur de plusieurs établissements parisiens qui me plaça en tant qu’hôtesse-vestiaire dans un de ses clubs et j’y resta jusqu’à la fermeture, pour cause de vente du dit club. Après la fermeture, j’ai non seulement retrouvé une place ailleurs mais j’ai également été embauché comme attachée de presse dans une agence d’événementielle, ayant pris soin de récolter quelques cartes de visites durant la période où je travaillais comme hôtesse. Curieusement, lorsque je disais par quel club j’avais commencé, je provoquais un grand élan de sympathie envers les organisateurs de soirée et les directeurs, surtout lorsqu’ils apprenaient que j’avais été virée. Le grand jeu du manager était de pousser les gens à la démission. Fierté idiote de ma part, je voulais être virée pour montrer que je n’avais pas été la première à craquer.

J’ai fait mon bout de chemin dans la nuit et l’événementiel. Un jour, en allant travailler, je croise un ancien collègue. Papotage de rigueur à base de ou tu travailles, avec qui, quel est l’agenda, etc.

Arrive LE sujet : qu’est devenu le manager ? Et mon collègue de me répondre que le manager s’est fait mettre à la porte très peu de temps après m’avoir viré, car il avait une énième fois taper dans la caisse. Après avoir essayé de travailler comme manager dans d’autres clubs et s’être fait allégrement foutu dehors par tous les clubs, il avait fini par atterrir dans un club parisien de troisième zone où il sévissait comme … commis. Ayant obtenu sa place comme une faveur le directeur ne le faisait travailler que sur les soirées avec des organisateurs inconnus.

Morale de l’histoire ? La roue tourne toujours. Chers précaires, n’oubliez jamais que les gens qui vous snobent et vous mettent plus bas que terre pourraient bien se retrouver dans une situation bien pire que la votre à un moment et que la vie sera suffisamment bien faite pour que vous en soyez informé.

Joyeux Noël J

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