Entre faux espoirs et désespoir, quand la précarité a plusieurs visages

Posted on 20 décembre 2011 par

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Un nouveau témoignage de Joséfine… la précarité de fin d’année

La fin de l’année approche. Je me demande si elle finira en beauté, mais plus ça va, et moins je me dis que oui. Mes jours se ressemblent beaucoup : recherche d’emploi, télé, jeux, recherche d’emploi, manger, un peu de sport, et encore recherche d’emploi. Quand j’essaie de me changer les idées, en faisant du sport par exemple, je n’y arrive pas. Je pense à mes entretiens, mes candidatures (envoyées et éventuelles), je regrette certains faux pas. J’oscille entre tout envoyer bouler et rester sous ma couette pour l’éternité et l’hyper-motivation. Cette situation, précaire sur plusieurs aspects, me pousse à m’isoler. Tout est « chaud / froid ». J’y crois / j’y crois plus . J’espère / j’abandonne.

 

La semaine dernière, on m’a contactée pour une mission courte (du 19décembre au 3 janvier). J’avais prévu des choses, mais j’étais prête à tout envoyer balader. Je voulais bosser, la mission était intéressante, pile-poil dans mes qualifications. La dame du cabinet de recrutement adore mon CV, me dit qu’il est super et qu’il correspond au profil du poste. Je me dis « chouette ». La dame transmet donc mon CV à l’organisme. Depuis, plus rien. J’y ai cru pendant un moment. Je me suis dit que je ne ferai pas ce boulot de nuit, je bosserai le jour, sur des vraies missions, avec des collègues, dans un bureau. Finalement je compterai les boîtes de conserve, de biscottes et de peinture.

Un autre cabinet me contacte, pour un mi-temps, niveau bac+2 (moi j’ai bac+5). Finalement, je ne suis pas assez expérimentée. C’est ce qu’ils me disent tous, les bougres.

Des peurs me donnent des frissons. Le trou dans mon parcours. Mon M2, officiellement validé en septembre, a pris fin pour moi fin juin, quand j’ai terminé mon stage. De juin à septembre, j’ai rédigé mon rapport de stage couplé à un mémoire. Mais sur mon CV, j’ai écrit que mon diplôme était validé en juin. Pour moi cela importait peu, ce ne sont que des dates. Et bien une dame m’a demandé ce que j’ai foutu de juin à maintenant. Pour elle, c’est un trou énorme. Je me suis expliquée, j’ai changé de date. Mais dans les faits, non, je n’ai pas travaillé depuis juin. J’ai fait du boulot de nuit, 3 fois pour être exacte.

Je désespère parce que j’ai l’impression que je ne sortirai jamais de cette situation. Plus le temps passe, moins j’ai mes chances de trouver un job qui me corresponde. En même temps, je ne suis pas exigeante, je postule à d’autres offres, mais les portes me restent fermées. Paraît-il qu’il faut du temps avant de trouver, mais apparemment je suis incapable de me trouver un boulot, même minable.

Parfois j’espère. On m’appelle, on me dit que le boulot est fait pour moi. On me fait déplacer pour finalement me répondre par la négative et me faire remplir un dossier dans une agence. Je n’ai rien gagné, j’ai perdu du temps et de l’argent. Je suis pourtant comme vous, ce mouton à 5 pattes : jeune, flexible, diplômé, peu payé et polyvalent. On ne demande qu’à travailler, à prouver qu’on est capable. J’ai envie de montrer, prouver aux autres que je vais y arriver. Montrer que je n’ai pas bossé pour rien, que ma culture générale ne sert pas qu’à répondre à « Questions pour un Champion ».

J’ai l’impression de m’éteindre. Plus envie de m’habiller, de me coiffer, de me maquiller. Je ne vois plus personne, je reste cloîtrée. Ceux qui bossent vous ignorent, vos amis ont autre chose à faire. Je ne vous dis pas ce que peut m’inspirer Noël en ce moment. Pas envie d’affronter les questions, les pseudos encouragements, les « je t’avais dit, regarde où X en est maintenant ! ». Je n’ai pas honte, mais le regard des gens m’insupporte au plus haut point en ce moment.

La précarité, pour moi, a plusieurs visages. Quand on parle de précarité, on pense aux pauvres, aux expulsables. On peut également parler d’absence de visibilité et d’avenir incertain. Je suis incapable de savoir ce que je ferai dans un mois. J’aurai un toit sur ma tête, c’est sûr, mais quoi d’autre ?

D’ailleurs, quand on cherche la définition, elle fait découler d’autres problèmes, comme relationnels. Nombreux d’entre nous ne voient plus personne, se dévalorisent, ne croient plus en rien. L’absence de visibilité fait qu’on ne se projette pas, qu’on en pense qu’à ce qu’on fera demain, et encore, c’est trop loin. Je suis toujours en attente, j’en veux à tout le monde et à personne, je suis révoltée et affaiblie à la fois.

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