les ronces et les orties

Posted on 19 décembre 2011 par

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Il y a quelques jours, je racontais ici comment mes fesses étaient péniblement en train de sortir des ronces.

J’expliquais alors comment un CDD à mi temps au smic allait se transformer en CDD à temps plein un peu au dessus. Et bien aujourd’hui, je vais vous raconter comment il ne s’est rien passé du tout.

Avant tout, petit rappel: si j’ai pu prétendre à un temps plein, c’est que ma supérieure (elle aussi contractuelle), a décidé de ne pas renouveler son contrat, et de faire en sorte que moi je la remplace. Or, il s’avère que suite à de nombreux déboires administratifs dûs au fait qu’on travaille dans le public et que RIEN n’y est simple, elle a pris du retard. Elle n’a pas eu le temps de me former sur un certain nombre de choses essentielles. Elle a donc demandé à faire un mois de plus en janvier, à mi-temps, afin de pouvoir me passer le relais sereinement.

coussin précaire

L’administration pour laquelle je travaille fermant le 16 décembre, j’ai fait des pieds et des mains pour que mon contrat soit prêt à cette date, afin de pouvoir dormir sur mes deux oreilles pendant les fêtes. J’ai fait des mails, passé des coups de fils, rempli des demandes de formulaires, des formulaires. J’ai fait des copies, je les ai classées, rangées, envoyées à qui de droit. Bref, on peut dire que j’ai fait les choses dans les règles de l’art. Et dieu sait que l’art en question il est foutrement compliqué. Mais quand même, j’étais contente de moi. Ma supérieure, aguerrie par 6 ans de CDD, m’a félicitée. “C’est bien, tu as bien retenu ta première leçon de contractuelle dans le public: se blinder au delà du bon sens”.

Le 16, quand on m’a appelée pour que j’aille à la DRH signer mon contrat, je me suis sentie légère et soulagée. Enfin, jusqu’à ce qu’on me mette le contrat sous le nez. Parce qu’au lieu d’un CDD de 12 mois payé 1200 euros (je me contente de peu, n’est ce pas?), c’est un CDD de un mois à mi temps au smic qu’on m’a demandé de signer. C’est peut de dire qu’à la lecture de ce morceau de papier, j’ai senti que tout mon sang était descendu jusqu’à mes pieds. J’en aurais pleuré. Evidemment, j’ai protesté. J’ai refusé de signer. J’ai dit que je n’étais pas au courant, qu’il n’avait jamais été question de ça. Que j’avais conservé tous les échanges de mails concernant mon renouvellement-chagement de contrat, et que JAMAIS il n’avait été question de ça.

On m’a tout simplement répondu que je me trompais. Ben voyons. Forcément, ma chef restant un mois de plus, ça voulait dire que je restais moi aussi un mois de plus à gagner des pelures de cacahuètes. Que j’en avais forcément été informée, et que je devais simplement ne pas m’en rappeler. Oui, oui, c’est ça, j’ai 26 ans, et en plus de me vendre au rabais, j’ai une mémoire de poisson rouge. Apportez moi un bavoir que j’essuie la bave au coin de ma bouche, et une couche, je sens que je suis en train de me faire dessus. Evidemment, j’ai pu rapidement prouver qu’il y avait effectivement une erreur. Erreur que personne n’a évidemment voulu revendiquer. Et lorsque j’ai demandé quand et comment la résoudre, on m’a dit “ah ben pas avant janvier, hein, vous comprenez, faut relancer la procédure, ça se fait pas comme ça”. Non négociable évidemment.

J’ai donc quitté le service RH sans avoir signé le moindre contrat, sans savoir à quelle sauce indigeste j’allais être dévorée à la rentrée, avec le moral dans les chaussettes, et la certitude de passer les congés de fin d’année avec mes copines Angoisse et Insomnie.

La quête de la sérénité professionnelle est un véritable combat. Un combat injuste, inégal et épuisant. Durant toutes mes études, on m’a mis dans la tête que je serai d’une grande valeur sur le monde du travail, que je serais respectée, et que ça se passerait sans a-coups. Aujourd’hui que je suis dans l’arène, je réalise que je n’ai jamais eu de répit, et que la plupart des coups que je reçois, je les reçois dans le dos, et par des bien plus puissants que moi. On ne m’a jamais préparée à ça. Alors c’est sûr que sur le tas, on apprend vite à se battre. Mais sans armes, on va pas bien loin. Et là, je suis fatiguée. J’ai envie de tout laisser tomber, et d’attendre qu’on me file le coup de grâce. J’en ai marre d’avoir la perpétuelle impression de n’être qu’un paillasson, bien pratique certes, mais sur lequel on se régale d’essuyer ses pieds tout crottés. J’en ai marre qu’on me dise qu’il faut que je continue à courber l’échine, que ça finira bien par s’arranger. Quand? Comment? Elle est ou la solution miracle? J’en ai marre de me dire que si la situation ne s’arrange pas, j’aurais épuisé tous mes recours. Je suis fatiguée qu’on me dise “t’as qu’à être vendeuse” “t’as qu’à postuler au McDo” “t’aurais dû faire ceci” “t’aurais dû faire cela”. Comme si c’était facile, et que la situation, je l’avais cherchée, et que si j’arrêtais un peu d’avoir de la fierté et de l’ego, je serais pas dans ce caca. Je suis fatiguée d’être autant en colère contre moi même, de me détester chaque fois que je prend un coup, parce que c’est moi qui à la base ait dû merder quelque part.

Voilà comment mes fesses, en plus d’être lourdement retombées dans les ronces, sont aujourd’hui copieusement arrosées d’orties.

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