Le jour de gloire est arrivé (c’était hier)

Posted on 15 décembre 2011 par

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Les heures de gloire économique de la France sont derrière elle. On le sait, nous, les précaires, on en est les preuves vivantes malgré nous. L’époque ou notre beau pays pouvait s’enorgueillir de jetter les biftons par les fenêtres à grand renfort d’ostentation est belle et bien terminée. Si tant est qu’une telle période ait existé un jour (si c’est le cas, ce devait être avant ma naissance, parce que je n’en ai aucun souvenir, moi tout ce dont je me rappelle, c’est de vaches faméliques). Quoi qu’il en soit, l’image de la France puissante et pleine aux as s’est quelque peu écornée. Pourtant c’est pas faute d’avoir un grand leader qui a tenté de la maintenir à flot en épousant un ex mannequin aphone et plastifiée et en portant des RayBan dorées. C’est dommage, mais c’est comme ça. La France a merdé, maintenant elle en paye les pots cassés. Enfin… ON paye les pots cassés.

tout va bien, tout est sous contrôle

Mais tout ça n’est pas si grave. Puisqu’à défaut d’être riche en argent, la France est riche en esprit. On se console comme on peut. Oui, la France reste le pays des lumières, de l’invention du Cinématographe, de Brel, de Brassens. La France, c’est le pays de Ronsard, de Raimbaut et d’Appolinaire. C’est le pays de Sartre et de Beauvoir. C’est le berceau de la nouvelle vague. C’est le pays de Victor Hugo, de Zola, Proust, Camus, Artaud, Beckett. C’est le pays de Gainsbourg, de Bashung et de Noir Désir. C’est la patrie de la famille Higelin, de Camille et de Phoenix. La France, elle n‘a plus un radis, mais culturellement, ça suinte par tout les trous. Et encore, on a pas parlé de bouffe, de vin, de mode, d’art ou de toutes les autres formes de créativité qui pullulent par chez nous (blogging y compris). La culture, c’est pas ça qui va payer le loyer (et la taulière est bien placée pour le savoir), mais ça remplit le ventre presque aussi bien qu’une potée auvergnate.

C’est rassurant de savoir qu’on vit malgré tout dans un pays qui repose sur un socle identitaire solide comme le roc, inébranlable, et qui fait notre renommée mondiale. Quand on vient d’aussi loin, et que nos racines sont aussi solides, on se dit que rien de terrible ne peut nous arriver. On est pas n’importe qui, bordel. On est la France.

Et dieu sait si en période de Noël, surtout quand on est précaire, on a besoins d’être rassurés. N’importe quoi pourvu qu’on puisse se dire que ça va s’arranger, étant donné qu’on vit dans un grand et beau pays. Et ça, notre gouvernement l’a bien compris. Le gouvernement, il est trop sur la même longueur d’ondes que moi, j’en ai l’intime conviction.

Hier, le ministre de la Culture, Frédéric Bonsouâr Mittérand, a décoré de l’insigne des chevaliers des arts et des lettres (des ARTS et des LETTRES, j’insiste) Nagui “l’animateur télé préféré des français”, Tina Arena (célbre pour avoir sorti un single sur les cloches au début de se siècles, et pour avoir fait la bande originale d’un très mauvais Zorro avec Antonio Bandemou et Catherine Nichon Jones) et Arturo Braguetti (le transformiste). Pour info, l’insigne, selon Malraux, décore ceux qui sont « respectés et enviés des artistes et des écrivains » et pour « récompenser les personnes qui se sont distinguées par leur création dans le domaine artistique ou littéraire, ou par la contribution qu’elles ont apportée au rayonnement des Arts et des Lettres en France et dans le monde. ».

C’est sûr que là, on est bien rassurés. Je vous laisse, il faut que j’aille littéralement mourir de rire en avalant les courriers de relance de ma banque.

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