Triple A – Triple Buse

Posted on 9 décembre 2011 par

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Le triple A de la France est menacé.

Ouh là là, c’est terrible. Essayez un peu d’imaginer ce qui se passerait si la France, pays des lumières et des droits de l’homme, de l’exeption culturelle et des éclairs au chocolat, perdait son triple A.

Ça y est? Vous avez essayé? Et franchement, on est entre nous, soyons honnêtes, vous avez réussi? Si oui, vous êtes de sacrés petits veinard foutrement doués en économie. Ce qui n’est pas mon cas. Moi, quand on me dit que la note de la France va être dégradée, je hausse les épaules. Parce que je sais pas ce que ça veut dire.

coucou! tu veux voir mon CAC 40?

Je comprend vaguement que perdre le triple A serait une mauvaise nouvelle. A peu près aussi mauvaise que lorsque je me prenais une taulée en maths et que je devais faire signer ma bulle à mes parents (alors qu’avec le recul, j’ai envie de dire à ma prof de maths qu’elle ma fait chier pendant d’innombrables trimestres avec son théorème de Thalès, alors que s’il y a bien un truc qu’on ne m’a jamais demandé en entretien d’embauche, c’est ça). Après ça, c’est le vide absolu.

J’ai vécu un certain nombre de mois de décembre sans avoir connaissance de l’existence d’une note sur les pays. Et je ne m’en portais pas plus mal. Puis d’un coup, un vocabulaire nouveau a envahi les médias. Ça a commencé avec les subprimes. Puis il y a eu le mot crise, plus les marchés ont commencé à avoir peur. La bourse a pris la fâcheuse habitude de se casser la gueule. Puis le mot dette est arrivé. Il s’est collé au mot crise. J’ai cru comprendre que les banques avaient leur part de responsabilités mais qu’elles continuaient à accumuler les bénéfices comme mon nez accumule les points noirs. J’ai entendu de nombreuses fois les mots rigueur et austérité. J’ai découvert qu’un pays pouvait faire faillite. J’ai compris que ça pouvait mettre le pays en question à feu et à sang, que les manifestations de citoyens n’y changeaient rien, et que les premiers ministres ou les cavaliere lubriques n’y résistaient pas. J’ai cru comprendre que même les banques se cassaient la gueule, et que c’était pas bon signe. J’ai entendu que certains demande à l’euro de numéroter ses abattis, parce qu’il ne passera pas l’année. J’ai vu que nos voisins n’avaient pas pu choisir leur nouveau premier ministre, et que ça n’a pas l’air d’inquiéter qui que se soit.

J’ai compris que le capitalisme libéral dans lequel on baigne joyeusement de gré ou de force depuis la fin de la seconde guerre mondiale avait fait son temps, et que le modèle arrivait en fin de course. J’ai compris aussi que je paye les pots cassés en me serrant la ceinture jusqu’à en étouffer. J’ai compris que ceux qui nous dirigent ne se souciaient plus guère de nous, bien trop occupés qu’ils sont à prendre des décisions qui nous concernent sans nous demander notre avis.

J’ai compris que ça sentait le caca. J’ai compris aussi que je n’en était absolument pas responsable. La crise, c’est pas ma faute. Ni la tienne d’ailleurs. J’ai compris que c’était très injuste de faire subir à la plèbe les conséquences d’une crise qui vient des nantis. Parce que c’est ça, hein, la crise, c’est la faute entre autre aux Madoff et autres Jérôme Kerviel, non? J’ai compris qu’il fallait que je continue à me battre, et que si je relachais le rythme, je me ferais écraser par un très très gros rouleau compresseur qui me colle déjà aux fesses. J’ai compris qu’on était dans une situation d’urgence, et qu’il n’y avait plus le temps pour la discussion. Alors on subit la rigueur et l’austérité, en fermant sa boite à camembert.

Tout cela est très bien. Enfin, ça le serait si toutefois je n’avais pas la tenace sensation qu’on est loin de tout savoir, et qu’il nous manque un sacré paquet d’éléments pour comprendre le pourquoi du comment ce cette putain de crise. Qu’est ce qui c’est passé? Qui est responsable? Pourquoi? Comment aurait-on pu l’éviter? Pourquoi ne l’a-t-on pas fait? A qui profite le crime? Quelles sont les alternatives? Ou sont les solutions? Celles qu’on nous impose sont elles les bonnes? Pourquoi est ce que j’ai l’impression que les responsables continuent à être cajolés? Pourquoi est ce qu’on continue à subir passivement? Quel poids a la voix des citoyens? En a-t-elle un?

Ça en fait des questions dans ma petite tête de précaire, qui s’ajoutent aux classiques (est ce que mon chèque de loyer va passer? )…

Dans l’attente d’une réponse…

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