Parcours ordinaire d’une fille ordinaire pour une vie ordinaire ?

Posted on 9 décembre 2011 par

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D’apprentie chimiste à précaire casquée… C’est le parcours de Cécilia

Je ne sais pas par où commencer ? La vraie question est quand tout cela a t il commencé ?

Certainement le jour où j’ai décidé de faire plaisir à papa et maman comme tout bon ado sans caractère et de m’inscrire dans un lycée afin d’obtenir le saint graal baccalauréat.

Je choisis rapidos la voie des sciences medico sociales pour pouvoir accomplir le rêve raté de ma p’tite maman : devenir infirmière! BAC Obtenu sans trop d’embuches, mais voila 3 ans plus tard toujours pas de vocation pour le paramédical  je fais part à mes géniteurs de mon intérêt pour la psychologie, voila que le phénomène se reproduisit : j’abandonnais alors mes ambitions utopistes d’étudier Freud et ses amis ou de m’intéresser à l’ethnologie sur les conseils de papa et maman « tu ne vas pas aller chauffer les bancs de la fac comme tous ces illuminés…. »

Passionnée des parfums  je m’orientai  vers un BTS CHIMISTE ! Oui ca c’est noble! Bien que j’eus du mal à m’adapter aux 4h de transport  (train+métro+bus) quotidien entre le domicile familial et le lycée (et oui je ne faisais pas partie de ces veinards dont les parents pouvaient se permettre de payer un appart  mais je n avais pas non plus droit à une bourse) je l’obtenu avec brio et me destinant à une «superbe» carrière de laborantin je me voyais déjà pipetant dosant analysant tous types de produits destinés à l’industrie cosmétique et/ ou pharmaceutique…. « Tu es bien trop modeste ma fille ! Non hors de question que tu ne te trouves qu’un boulot de technicien papa et maman voient bien plus haut pour toi fais un bac +5 tu graviras les échelons plus vite »….

Et me voila déposant mon dossier à l’université pour entamer une licence professionnelle ( oui, candide, je me suis aussi faite avoir par le système professionnel croyant que les stages pouvaient avoir une valeur sur le marché du travail, foutaises!) suivie bien évidemment d’un MASTER PRO (1er année 6mois cours 6 mois stage et 2eme année 2jours de stage 3jours de cours), vivant en couple à l’époque et n’ayant bien sur droit à aucune aide de la part du CROUS  je me débrouillais pour jongler entre un boulot de caissière ( le pire n’étant pas le boulot, le mépris des clients ou les horaires, mais d’entendre les mamans susurrer à l’oreille de leurs enfants «tu vois si tu ne travailles pas à l’école tu finiras caissière» drôle de paradoxe) job abandonné pour un boulot de vendeuse dans une boutique de chaussures,  les inventaires ( de nuit c’est mieux payé ), les cours et mon stage.…  le stage ! celui où pendant 3ans on vous a promis monts et merveilles afin que vous vous donniez un max jusqu’à venir les jours de cours, celui où on ne vous cache pas que vous remplacez l’ancien assistant actuellement en arrêt maladie pour flémingite aigue, celui où le 12 du mois vous pleurez pour obtenir vos 363 euro d’indemnités que votre maitre de stage à tout simplement oublié de demander au service paie (alors que lui jouissait grassement depuis 15 jours du versement de son salaire de ministre) et qui vous permettrons que remplir à demi le trou du découvert géant laissé par les incompressibles qui tombent entre le 28 et le 5! Ce fabuleux stage qui une fois terminé vous donne droit à des remerciements (entendez par la un adieu), et un « désolé tu as été un excellent  élément pour notre société mais nous ne pouvons pas à ce jour t’offrir de boulot la société n’en a pas les moyens »… aussitôt dit aussitôt fait une autre stagiaire venait prendre « ma » place.

Peu importe je ne me laisse pas abattre master en poche (malgré toutes les mines que la vie est venue ajoutée à ce merdier) et faisant à l’époque toujours confiance aux discours de mes anciens profs « 95% des personnes qui sortent de cette formation trouvent un boulot » je me lançais alors dans la recherche d’un emploi la fleur au fusil !… Septembre 2008… la crise, putain de synchronisation! Je garde encore les stigmates des 100aines des CV et lettres de motivations que j’ai pu écrire qui sont, pour la plupart, restées sans réponse !

J’ai ainsi passé 2 belles années au chômage, suis retournée chez papa et maman, j’ai  profité pleinement de mes « congés payés  illimités » (grâce à mes jobs étudiants) la grande vie, nuits blanches, levée à 12h recouchée à 14h, je ne répondais plus à mes amis de peur d’avoir à subir leurs questions  «alors quoi de neuf? Pourquoi tu ne cherches pas ailleurs? T’as essayé de postuler chez telle entreprise ou telle autre? Mais tu cherches ? Je t’avais dit que la chimie ce n’était pas porteur ! » (et oui dans ce genre de situation tout le monde a un foutu bon conseil à te donner mais personne n’est capable de te trouver un boulot, c’est fou ca vous ne trouvez pas ?) Je suis même allée jusqu’à accepter  un CDI de vendeuse de chaussures 10h par semaine qui me coutait plus cher en déplacements que ce qu’il ne me rapportait, qu’importe 2jours par semaine j avais une vie sociale et là bas on ne me posait pas de questions.  Je vous passe les détails sur l’ANPE et leurs rdv ou leurs cahiers de vacances pour chômeurs à remplir…

J’ai fini par accepter que seul un bon piston pouvait me sortir de cette situation, j’ai décidé de faire fonctionner le mien…. Aujourd’hui j’ai  la chance, l’honneur  de pouvoir taper ceci de mon bureau car oui j’ai un emploi…..

Le job de rêve ou devrais je l appeler THE job, je bosse dans la boite de papa en la qualité de commerciale dans le domaine de l’environnement on ne parle pas d’éolienne ou de panneaux solaires non non non tu rêves ma belle !on parle bien de stations d’épuration, (et si je peux vous rassurer messieurs dames celles de Monaco et st tropez puent autant que les autres !) on est à des années lumières des laboratoires de R&D en parfumerie. Je bosse  pour un salaire qui ne me permet pas de ne plus vivre chez mes parents.

Un boulot que je déteste car moi qui était devenue un rat de labo j ai tout simplement en horreur l’idée d’avoir à me présenter seule dans un bureau d’étude afin de  présenter les supers produits que je représente, j’ai en horreur d’aller sur un chantier et d’être déshabillée de la tête au pieds malgré mon casque mon jean pourri et mes chaussures de sécurité par les hommes débordant de testostérone qui y bossent et qui n’ont certainement jamais vu une femme de leur vie? J’ai horreur de faire des relances téléphoniques ! Et je vous épargne les détails de la journée que j’ai passé  à démonter et remonter une pompe d’arrivée des eaux usées (la pour être dans la merde j’y suis corps et âme) … je hais la négociation, la pression qui règne dans ce milieu,  j ai horreur de me plaindre de mon job car je sais combien n’en ont pas, mais j’estime aussi qu’avec le C.. que je me suis levé pour avoir ce diplôme j ai bien droit à mon quart d’heure de révolte. Tout en écrivant cela je regarde le temps qui passe et je ne peux plus le nier  j ai définitivement perdu mon métier. J’oscille entre désespoir et abattement, honte de ne pas me sentir satisfaite de travailler. Merci papa et maman d’avoir eu autant d’ambitions pour moi, Wall street en avait d’autres…

 

La précaire casquée

 

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