CDD my love

Posted on 9 décembre 2011 par

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Il y a quelques mois, alors que je cherchais compulsivement et désepérement un job, j’ai postulé partout ou je pouvais. Dès que j’avais l’ombre d’une compétence correspondant à l’offre d’emploi, je candidatais avec l’énergie du désespoir.

J’ai répondu a un certain nombre d’annonces, et sans grande surprise, je n’ai eu que très peu de retours. C’est le jeu: j’estime le ratio à trois réponses (dont deux automatiques et/ou arrivant quatre mois après la première prise de contact) pour une centaine de candidatures envoyées. Je pense ne pas être bien loin de la réalité.

Un jour pourtant, j’ai reçu un coup de fil d’un établissement public. Quelques mois auparavant, j’avais déposé un CV. J’avais même passé un entretien sans suite. Je m’étais un peu assise sur l’idée de travailler pour l’état. En fait je commençais à m’asseoir sur l’idée de travailler tout cours. Pourtant, j’ai reçu un coup de fil. Un service de l’établissement en question recherchait une secrétaire comptable en CDD de 4 mois, payée au SMIC. Pas la panacée. Mais bon, c’est pas comme si j’avais le choix.

J’ai été recrutée. Evidement, j’étais un peu sur-qualifiée pour le poste. D’ailleurs, le sujet a été évoqué et appuyé lors de mon entretien. J’ai même entendu la phrase “nous essaieront d’exploiter vos compétences au mieux”. Ils auraient tord de se priver, une secrétaire-comptable-chargée de com pour 500 boules par mois, c’est ce qui s’appelle faire des économies.

Depuis quelques mois, je suis donc contractuelle de la fonction publique. Je découvre avec un regard très amusé l’envers du décor. Je passerai sur les aberrations administratives, les lourdeurs hiérarchiques, les luttes d’égo ridicules, et de la JOIE EN MAJUSCULE de savoir que mon super patron, c’est Laurent Wauquiez. Petit à petit, j’ai découvert que le public, vu de dedans, c’est autre chose que vu de dehors, et que contrairement aux idées reçues, c’est parfois bien pire pour les droits des salariés que le privé.

Malgré tout, en quelques mois, je me suis attachée à ce tout petit travail. Non pas qu’il me plaise vraiment, mais au moins, il m’occupe, et mon cerveau est mis à contribution, estimé à sa juste valeur. Puis j’aime bien mon service, son rôle, ses missions. J’adhère au message qu’il véhicule, et en servant sa cause, je me sens concrètement utile. Le matin, je vais travailler avec le sourire.

Un jour, le sourire s’est encore élargi. Ce jour là, ma responsable m’a annoncé solennellement qu’elle partirait en fin d’année. Et que je la remplacerais dès janvier. Ce que j’ai entendu ce jour là, c’est “tu vas signer un CDD de 24 mois. 24 mois durant lesquels tu pourras dormir sur tes deux oreilles. 24 mois durant lesquels tu vas avoir des responsabilités, un pouvoir de décision, et ou tes compétences et qualités seront enfin utilisées. 24 mois durant lesquels tu auras un salaire valant ton diplômes. C’est une autoroute qui s’ouvre à toi”.

quand soudain, elle marcha joyeusement sur une vive

Ce jour là, je suis restée prudente, mais je n’ai pas pu m’empêcher de faire un petit salto arrière. Au fur et à mesure, la proposition se confirmait. J’aillais être sortie d’affaire au moins pour deux ans. Avec un vrai salaire. Je suis pas une fille vénale, mais étant diplômée et abonnée aux interdits bancaires, la perspective de finir mon mois en positif avec la possibilité de mettre de côté me fait carrément mouiller ma culotte.

C’est là que ça a commencé à cafouiller. La première proposition qu’on m’a fait en terme de salaire était alléchante, bien que plusieurs centaines d’euros séparent mon futur salaire de celui de mon actuelle responsable. Un peu frustrant, mais logique. Je n’ai pas son expérience. Mon salaire ne peut pas être équivalent au sien. Malgré tout, celui que me propose le chef de service me fait saliver. Je dis oui.

J’ai bien fait. La proposition est remontée jusqu’à la RH, et est redescendue jusqu’à moi. Dégraissée d’encore quelque centaines d’euros, et accompagnée d’une note qui explicite clairement que soit j’accepte ça, soit on réouvre le recrutement, ce qui me mettrait en concurrence avec d’autres candidats, et au chômage jusqu’à Avril 2012.

Evidemment, j’ai hurlé en voyant mon nouveau salaire à peine supérieur au Smic ( 80 euros de plus ). Evidemment, c’est à ce moment là qu’on devrait commencer à entendre parler de restrictions budgétaires, et de masse salariale. Sauf que mon salaire 2012 dépend d’une subvention, qu’il a déjà été budgétisé bien au dessus de ce qu’on me propose, et que l’enveloppe a été attribuée. Tout ça n’est donc pas une question d’argent, puisque l’argent est là.

Alors quoi? Pourquoi dégraisser mon salaire d’un gros tiers si ce n’est pas pour une question d’argent? Voilà ce qu’on m’a répondu: “ça va faire jaser les collègues”. Primo, les collègues, ils sont titulaires, ce qui signifie en plus de la sécurité de l’emploi, un certain nombre d’avantages auxquels les contractuels n’ont pas le droit (comme des primes par exemple). Secundo, je jure de ne jamais arriver au travail avec ma fiche de salaire imprimée sur mon teeshirt. Tertio, les collègues, je leur ai parlé, et soit ils s’en cognent, soit ils trouvent ma situation injuste. Alors le responsable administratif a dit “oh, vous plaignez pas, c’est pas un mauvais salaire!”. J’envisage de l’échanger contre le sien pendant six mois, pour rigoler, comme ça, c’est moi qui m’offrirait des costumes Hugo Boss, et c’est lui ouvrira mes relevés de compte.

Le chef de service a voulu prendre ma défense. Il m’a dit: “tu auras une prime annuelle”. Il a envoyé un mail à la directrice qui disait “si vous la payez pas, au moins donnez lui une prime, faites pas vos putes”. Ce à quoi elle a répondu “LOL😄 PTDR Mer il et fou, REP A SA ALMIRA”.

Alors voilà, aujourd’hui, j’en suis là. Certes la tranquillité relative pendant 24 mois. Mais un goût amer dans la bouche. Aujourd’hui, quand on trouve un boulot, il faut s’estimer heureux. De toute façon, si on est pas content, on a qu’à se barrer, il y en a des centaines qui vendraient leur mère pour moins que ça. Cet argument justifie à lui seul que mon travail de jeune précaire mais qualifiée ne vaille pas un kopeck. Il justifie aussi qu’on me demande d’arrêter de cracher dans la soupe quand j’essaie de prouver que j’ai de la valeur, avec le peu de confiance qu’on m’a laissé.

On en est là…

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