Noël c’est pour les ploucs pas pour les précaires.

Posted on 8 décembre 2011 par

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quand on vous dit que le précarité ça peut avoir du bon… n’est ce pas, George?

J’ai une licence AES, c’est un diplôme inutile visiblement.

J’ai un BTS MUC, c’est un diplôme qui excite fort les banques et les assurances, lesquelles ne font pas partie de mes plans, de mes envies.

Je vis dans un état permanent de « tout sauf ça ». En alternance avec « je ne devrais pas être en train de boire un café, lire, faire autre chose que péter les plombs sur le site de pôle emploi ».

Est-ce qu’on peut être précaire et avoir des valeurs, des pours/des contres, ne pas vouloir se jeter dans n’importe quelle gueule de n’importe quel loup ?

A 29 ans, j’ai un peu de bouteille, pas dans ma branche, certes, mais dans la vie. Et c’est très difficile de défendre le steak via une lettre de motivations, que dire : j’en ai vu des vertes et des pas mûres, j’encaisse mieux qu’un punching-ball et j’ai une façon plutôt élégante de rendre les coups.

L’expérience qu’on nous demande à grand cri, ne se fait pas toute seule. Et l’expérience que l’on a, les gamelles perso sans tomber dans du grand Zola, les trucs qui peuvent servir de preuves de nos qualités HUMAINES, pas juste la maîtrise du logiciel Ciel.

Ces qualités là, tout le monde s’en fout. Révise plutôt ton pack office.

Chaque jour je lis : non, non, non.

Parfois on y ajoute un : merci quand même.

Il faut s’accrocher pour ne pas prendre ces  « non » en chaine pour des uppercuts assénés à la personne que nous sommes pas juste la matière laborieuse qui se propose humblement pour telle ou telle tâche.

"encore une lettre de motivation"

Il faut accepter d’offrir des cadeaux de noël fait mains, emballés dans des pages de magazines qui trainent. Noël devrait être ça, ce qu’on peut avec ce qu’on a.

La situation financière conditionne un certain état d’esprit, l’envie furieuse de ne plus consommer que pour se nourrir et sans excès, un retour à l’ascèse, une forme de militantisme qui devient de plus en plus conscient.

Bouder la consommation excessive parce que, oui, nous n’avons pas le choix, mais aussi parce que merde, nous ne sommes pas des numéros de carte bleues.

Avant, j’allais systématiquement boire un café dehors, et un café = plusieurs cafés. Ben j’ai acheté une cafetière, j’écoute la radio en peaufinant des lettres auxquelles personne ne prendra la peine de répondre.

Je marche dans la ville en passant par la poste, la musique sur les oreilles, des kilomètres de trottoir, le regard bien haut, parce qu’après tout, rien ne m’oblige à regarder le sol, rien ne m’oblige à baisser la tête et à vivre dans une culpabilité et un sentiment d’inutilité qui collent aux brailles.

Je refuse de me considérer comme inadaptée et je vante à qui veut lire mes lettres mon adaptabilité, il n’y a juste pas assez de flexibilité sur ce marché là.

Finalement, cette année les cadeaux de noël seront plus beaux que jamais, ils auront pris du temps et de l’inspiration.

Pas de « coffrets » à la con de chez Sephora ou la fnac, le genre de truc calculé sur le panier moyen des consommateurs et proposé comme si rien n’était prévu.

C’est pas thanksgiving mais je remercie la précarité d’avoir remis mon imagination au pouvoir.

Posted in: Témoignages