La chance

Posted on 2 décembre 2011 par

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J’ai lu ça

J’ai pris une claque.

J’ai réalisé.

Nous avons de la chance. Nous en avons même beaucoup.

On reproche souvent à la société dans laquelle nous vivons de nous malmener. On a même l’impression qu’elle prend un malin plaisir à s’asseoir sur nos têtes jusqu’à ce qu’on étouffe. On lui reproche de nous prendre pour des vaches à lait. De nous avoir oublié au fond du placard. De ne se souvenir de nous que pour les mauvaises choses. Et tout ça, au vu des nombreux témoignages publiés ici, à raison. 

Pourtant, malgré ça, nous avons de la chance. Parce que cette société, on la connaît bien. On est nés dedans. On connaît son mode de fonctionnement. On connaît ses codes. On connaît son histoire. On ne sait pas ou elle va, mais on sait à peu près d’où elle vient. On sait qui la dirige, on sait à peut près comment et grosso modo pourquoi. On comprend la langue, on la parle et on l’écrit. On comprend les messages qu’elle nous envoie. On peut facilement s’adapter à ses évolutions. On maîtrise la plupart de ses outils, on comprend la plupart de ses mécanismes.

Et la société aussi nous connaît. Elle nous a appris à lire, à écrire, à compter. Dès l’âge de trois ans, elle nous a vu grandir et évoluer. Elle nous a donné des cadres, et la plupart du temps, on les a compris et appliqués. Elle nous a répertoriés, fichés, listés, comptés. Elle nous a ouvert pas mal de portes, et en a fermé un paquet d’autre.

On a écouté ce qu’elle avait a nous dire. Elle nous a donné la possibilité de faire des choix. Elle nous a laissé donner notre avis, même si elle n’en a pas toujours tenu compte. Elle nous a fait autant de cadeaux que de gros coups de pute.

Tout ça est une chance. Tout simplement parce qu’on sait ou on est. Le terrain est peut être hostile, mais on le connaît sur les bout des doigts, puisque de gré ou de force, c’est lui qui nous a façonné; on a su se plier à ses exigences quand il le fallait. On peut déjouer certains pièges, flairer les injustices, même si on ne peut pas toutes les éviter. On sait qui sont nos alliés, on connaît nos ennemis, alors que pourtant, ils sont pas forcément faciles à identifier du premier coup d’oeil.

Alors on a beau être précaire. Attendre que les bourses tombent. Ne pas trouver d’emploi. Attendre que les mauvais payeurs payent. Être criblés de taxes, impôts et autres dettes à payer. On a de la chance. Parce que le monsieur devant nous dans la file d’attente de la CAF, la dame qui passe la serpillière dans la cage d’escaliers, le jeune homme qui ramasse des papiers gras dans la rue, la dame qui s’occupe de tous ses enfants comme elle peut dans son tout petit appartement, ils n’en sont pas là. Pourtant, ils sont venus en France, pays qui ne les a pas vu naître, pleins d’espoir. Celui d’avoir un travail, celui de gagner de l’argent, celui d’être libre, celui de donner toutes leurs chances à ses enfants. En fait, qu’importent les raisons. Ils sont venus en croyant que la France était une amie, qu’elle pourrait les aider.

Une amie, pourquoi pas. Mais qui n’a pas la même langue. Qui ne s’appuie pas sur le même socle culturel. Qui aime bien jeter des regards suspicieux sur tout ce qui est différent d’elle. La moindre étape inhérente à la vie du précaire quand on ne maitrise pas la langue, et encore moins les codes devient une montagne insurmontable. Alors précaire et intégré, d’accord, c’est dur. Mais précaire et différent… ça reste une autre paire de manche…

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Posted in: opinions