Fermé pour cause d’inventaire

Posted on 2 décembre 2011 par

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L’inventaire… le cauchemar absolu des précaires… Celui-ci, il est signé Joséfine…

Je suis également une jeune dip précaire, bac+5. On m’avait promis que je trouverai un boulot plus facilement grâce à mon niveau d’études. Finalement, comme beaucoup de jeunes, je suis au chômage. Malgré mes stages, malgré un parcours que je juge riche, rien. Pas droit au RSA, car « vous comprenez, un stage n’est pas un contrat de travail, il ne donne droit à rien ». J’ai au moins la chance de vivre avec une personne géniale qui ne dit rien quand il s’agit de régler toutes les factures.
Je postule à plein de jobs. De ceux qui ne demandent quasiment pas de qualifications à celui qui demande 5 ans d’expérience. J’avance pas à pas, histoire de voir qui oserait retenir ma candidature. Finalement, les seules réponses que j’obtiens, c’est « accepteriez-vous un job dont la qualification est le bac pro ? » Mouais…

l'enfer, c'est la douchette

Alors, histoire de passer le temps et d’avoir de quoi me faire un peu plaisir, j’ai postulé pour faire des inventaires. Une société faisait un recrutement massif d’inventoristes (c’est la fin de l’année), donc j’ai tenté ma chance. Pas d’entretien, juste une réunion avec plusieurs personnes. Elles proviennent d’horizons différents : des jeunes, des moins jeunes, des étudiants, des retraités. Tous cherchent un complément de bourse, de RSA, de retraite ou un petit revenu comme moi. C’est effarant de se dire qu’on peut bosser pendant de nombreuses années, avoir un accident, et paf ! Pas de pension, rien. Certaines personnes m’ont touchée de par leur situation. Ça m’a fait du bien d’échanger avec elle, même si ma situation est guère mieux.
Rendez-vous un soir au centre ville afin de prendre le car. Direction inconnue, je connais juste le nom du magasin de vêtements qui a demandé cet inventaire. On roule, roule, puis 2h30 de route plus tard, nous sommes à Besançon. Arrivés dans le magasin, personne pour nous accueillir, on doit rentrer par une sorte de réserve, dont l’accès se faire par un endroit sombre et pas éclairé. Nous sommes reçus par la responsable d’agence. Topo avec une voie gueularde et stridente :
Entre autres :

ñ pas de pause pipi

ñ interdiction de s’asseoir

ñ 3 erreurs et c’est dehors

ñ interdiction de parler

ñ 9 euros bruts (heures travaillées, les heures de transport comptent moins)

Des ratios (nombres d’articles scannés/heure) sont effectués, nous sommes contrôlés tout le temps. Des gens passent derrière nous de temps en temps, histoire de voir si on peut vous foutre dehors et ne pas vous payer.
J’ai tenu 8h ce soir là. Je n’ai pas pu aller aux toilettes, je n’ai pas pu m’asseoir. J’ai alterné la position accroupie pour compter mes articles à la pointe des pieds pour attraper ce qui était en haut des rayons. Pas d’échelle, pas de table, pas de chaise. A 5h du matin, nous sommes rentrés en bus, nous sommes revenus à la base vers 7h30. Beaucoup de gens ont protesté ce matin-là car certains travaillent le matin et auront donc fait une nuit blanche.

Cette expérience m’a attristée. Je me suis demandé ce que j’allais devenir plus tard, si j’allais continuer à faire des inventaires dans 5 ans. J’avais peur de commencer à travailler tard à cause  de la retraite, et finalement je pense que nous n’aurons plus de retraite. Je ne m’attendais pas à autant de violence (oui, le contre coup du chômage quand on sort des études est violent), à autant de remise en question et de solitude. Dur d’assumer sa situation, dur d’expliquer aux personnes qui travaillent ce que l’on peut ressentir. Je n’ai pas fait ça pour rien. Une conscience politique s’est éveillée en moi. Je pense à tous ces précaires qui n’ont pas le choix. Qui font entre autres des inventaires toutes les nuits (ou presque), qui acceptent de se faire crier dessus, qui acceptent d’être payés trois fois rien, qui acceptent des horaires décalés, des conditions de travail plus que pénibles (mal au dos, aux jambes…) sans rien dire. A vrai, on n’a pas le choix.

J’espère que cette situation s’améliorera.

Posted in: Témoignages