De l’autre côté du miroir…

Posted on 30 novembre 2011 par

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La petite toolie dans la prairie a fait la glorieuse expérience de passer dans l’envers du décors. Et ben c’est bien ce dont on se doutait: c’est pas glorieux…

Bienvenue à Pôle Emploi Mademoiselle

Je fais moi aussi partie de cette génération de précaires diplômés…

Mes études je les ai faites par choix, mais naïvement je pensais qu’elles me faciliteraient un peu l’accès à un bon job (il faut entendre par bon job un CDI, ça fait bien longtemps que j’ai mis mes autres ambitions de côté).

Je suis bien conne moi aussi, je les ai cru tous ces profs qui me disaient que je faisais partie de l’élite de la nation et que pour mon 1er job je pourrais facilement prétendre à 30-35K € annuel.

En même temps, je n’ai pas trop à me plaindre, tant bien que mal, j’ai presque tout le temps réussi à travailler. Des contrats entrecoupés de périodes de chômage mais je ne m’en sors pas trop mal, preuve en est, je paye des impôts !

Mais l’histoire devient drôle quand je décroche un job qui me propulse dans le monde merveilleux des âmes bien pensantes qui « nous aide à accéder à l’emploi ».

Mon CDD et moi-même, nous  représentons  mon établissement lors des (trop) nombreuses réunions qui réunissent tous les partenaires de l’emploi. Une flopée de directeurs et de chefs de service en tout genres  regroupée dans des salles de réunion… Des réunions interminables ou tout n’est que sourire de façade et politiquement correct, durant lesquelles, nous (enfin comprenez eux car je n’ai pas beaucoup d’influence vu mon statut de pièce rapportée) essayons de trouver des solutions pour faciliter le retour à l’emploi.

En général, ces réunions débutent par un « point sur la situation de l’emploi », point assuré par ‘Sieur Pôle Emploi.  Donc là, il ne faut pas parler trop fort hein, parce que vous comprenez bien que les chiffres du chômage même si tu essaies de les retourner dans tous les sens, ben ils font que grossir!

Donc, on parle de milliers de chômeurs et on les classe dans diverses catégories : les jeunes, les vieux, les jeunes qui sont au chômage depuis longtemps, les vieux qui sont au chômage de puis longtemps, etc…

Et après, faut expliquer pourquoi ces méchants chiffres, ils font qu’ augmenter, les salauds ! Déjà, faut savoir que septembre, c’est connu, les chiffres ils augmentent parce que c’est la fin des saisons (octobre et novembre c’est pareil) et puis la fin de l’été, le retour de la grisaille, la rentrée et tout et ça, c’est pas propice à une baisse significative du chômage.

Donc une fois que ça c’est fait, c’est le tour de table… Et là… Comment dire ?… il faut se retenir de ne pas passer par-dessus la table pour aller leur arracher les yeux… Chacun se félicite de l’atteinte de ses propres objectif : « l’expérimentation de notre politique est un franc succès » « hum, ok mais c’est-à-dire ? » « Nous avons permis la signature de 8 CUI »…

C’est en général à ce moment précis que je me décompose, que je me mords la langue pour ne pas dire le fond de ma pensée… Parce que oui, d’un on parle de CUI, le contrat unique d’insertion, ce contrat génialissime pondu par les huiles de l’Etat qui permet aux personnes éloignées de l’emploi de se réinsérer (cool me direz-vous), ce magnifique contrat de travail précaire qui permet aux gens bénéficiaires (parce attention hein ce n’est pas pour tout le monde) d’avoir un magnifique CDD de 20h pour 6 mois ! Youhou !!!! Génial, on redonne l’envie de travailler, de se lever le matin… Mais au bout de 6 mois ???? Et ben, retour à la case départ et puis plus question de CUI, on y est plus éligible !

Mais de deux, comment peut-on parler de réussite en se gaussant d’avoir fait signer 8 contrats alors que des milliers de personnes sont au chômage ????

Chacun se regarde le nombril, se félicite d’avoir assemblé ses 2 pauvres pièces de puzzle alors qu’ils sont assis à côté d’une montagne insubmersible. Mais chacun est satisfait !

Mon CDD va se terminer, je vais bientôt aller grossir leur chiffre moi aussi mais si vous saviez à quel point je suis heureuse de quitter ce monde, où tout ce qui compte c’est les objectifs et les chiffres alors que derrière il est question d’êtres humains souvent en grande difficulté.

Je vomis ce système ou on a fait des hommes, de simples données statistiques et des objectifs de chiffres. Je vomis ce système dans lequel on a complètement abandonné la qualité et ou il faut faire du rendement. Tout le monde s’en fou d’aider durablement les autres pourvu que les actions menées permettent l’obtention des subventions promises.

Je suis profondément écœurée de ce système de bureaucrates trop payés qui jouent avec des gens en précarité comme avec autant de pions sur un jeu de société…

Je pensais pouvoir aider les autres, mettre ma pierre à l’édifice, tout ce qu’on m’a demandé c’est de faire de l’abattage, du contact pour que les hautes sphères touchent une confortable enveloppe…

Système de merde !

 

 

 

 

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