we are the précaires

Posted on 5 novembre 2011 par

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Puce aussi est précaire, la preuve en images et en texte…
Je fais partie de ces « précaires précoces »….
Mes parents ne m’ont pas donné le coup de pied au cul, j’aurai pu rester encore et encore, à part une bonne tonne d’engueulade, je ne risquais pas grand-chose. Mais voilà, à 20 ans, on est pas vraiment raisonnable, et on fantasme vite sur son indépendance, grand eldorado!
Alors étudiante en japonais (oui, mon destin de précaire était en effet tout tracé…), on se met à la recherche d’un logement, pas trop loin de la fac, car finir à 21h et vivre dans un trou paumé, ça le fait moyen (plus de train et de bus dès 20H, ça handicape déjà…). En attendant, je squatte quand nécessaire (heureusement quand on est précaire, on a des amis!).
Une fois le logement trouvé, avec beaucoup de chance, près de l’université, on croit entrevoir le paradis. Mais voilà, les parents qui gagnent trop ne te permettent pas d’avoir une bourse… Et avec un père malade, ils ont d’autres chats à fouetter que de me donner la becquée. Je dois bien dire que les premiers temps, ils m’ont bien épaulé.
Sachant que cela ne pourra pas durer, on trouve un petit boulot . Dans une banque, pour un poste de punching-ball à clients, 2 jours par semaine. Pas si mal payé, mais pas suffisant. Alors on distribue des journaux (vous savez, ces gens à qui vous ne dites même pas bonjour et qui se gêlent en hiver?) tous les matins… Sous la pluie, la neige…
Heureusement, les chauffeurs de bus sympa proposent souvent de se mettre au chaud dans le bus, entre deux métros….
Et finalement, on en ajoute un troisième, dans un tabac, au black…. Mais tellement au black qu’ils vous jettent la veille pour le lendemain : besoin d’économies….
Bref, avec tout ça, on y arrive quand même, et malgré le peu de sortie, les mois « nouilles instantanées des frères Tang », on vit plutôt bien.
Puis la fatigue et de soudain problèmes de santé qu’on ne prévoit pas trop… Réponse des médecins de l’époque : « le stress ».
C’est là que je me décide pour un cursus de tourisme en alternance (oui j’ai changé de voie, le japonais est quand même parmi le summum de la précarité à venir). L’alternance, c’est cool, ça me permet d’avoir un revenu fixe, une secu etc etc….  J’ai enfin un job qui me plaît, intéressant…. Mais un patron qui ne doit pas bien savoir la limite entre « avoir un mauvais caractère » et « harceler moralement ». Mais on tient bon. 2 ans, ça suffit…. 2 ans, c’est court.
Arrive le diplôme, obtenu avec gloire et pas peu fière, on me propose une bourse pour partir faire un stage de 6 mois en Europe! Ô joie, Ô bonheur illusoire, la fin de la précarité! La bourse est coquette, le voyage est ma passion, bref, l’idéal.
Ah mais voilà, la bourse…. Je l’attend encore et je suis rentrée depuis mai. Alors sur place, on harcèle de coup de fil la France, on rumine de devoir rester enfermer chez soi les week-end (pas besoin d’aller à l’étranger pour ça, je le faisais déjà à Paris….). Heureusement, la générosité est de retour, mon patron me paye!
Avec le retour en France, inscription à Pôle Emploi. Au début, c’est vraiment pour chercher un emploi, mais la réalité c’est que : 1/Le bac +2 en France n’offre pas les postes que je cherche, 2/Le bac +2 à l’étranger, ça n’existe pas, il faut bac +3 minimum.
J’en parle lors des rendez-vous, on m’encourage, je m’inscris de nouveau à l’université. A aucun moment on ne me signale les démarches à suivre.
Aujourd’hui, 5 ans après mes premiers pas de précaire, je le suis encore…. Par manque d’information, je n’ai pas fait les bonnes démarches pour m’inscrire, donc Pôle Emploi à décidé de me radier.
Mes parents m’hébergent, et tous les organismes pensent qu’en raison de cela, ils me donnent aussi un salaire chaque mois. Mais non. J’ai repris ma chambre. Mais je dois toujours payer tout le reste…. Mes parents doivent prendre à charge mon frère cadet, et ont eu parfois même besoin de moi pour qu’il puisse payer son loyer…
Aujourd’hui, je n’ai plus le moindre revenu. 0€. Tout net.
Ayant un autre stage à venir, un emploi du temps chargé, pas de voiture, je ne trouve pas d’emploi compatible.  Et je pense à arrêter mes études, faute de pouvoir me financer seule.
J’ai de la chance : j’ai des amis, des parents, un copain pour m’aider comme ils le peuvent…. Mes anciens collègues de boulot me ramènent encore des boîtes de conserves, du lait… J’ai la grande chance de connaître la solidarité, et la précarité m’a fait savoir qui sont mes vrais amis.
C’est un mal pour un bien. Mais je ne suis pas contre changer de situation… D’ailleurs : j’ai un rein à vendre. En bon état et presque pas cher.