Les autoroutes de la précarité

Posted on 4 novembre 2011 par

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Dans la famille Gulsh, je demande la petite soeur, Gloubinette (c’est ma petite soeur, je la surnomme comme je veux)

une belle brochette de vainqueurs dans la fratrie Gulsh

Gloubinette n’a pas eu de chance. Sa précarité, elle était écrite à l’avance. Rien de ce qu’elle aurait pu faire aurait pu lui éviter de tomber à pieds joints dedans. Le seul défaut de Gloubinette dans l’histoire, c’est d’avoir été trop gentille.

Explications.

Jusqu’à la 3ème, Gloubinette a cartonné à l’école. Elle avait tout plein de bonnes notes, et des petits coeurs sur ses bulletins trimestriels. On aurait pu croire que le lycée, ça aurait été pour elle finger in the nose. Ce qui arrangeait bien Gloubinette, parce que depuis petite, elle sait ce qu’elle veut faire: instit. Et que pour ça, il vaut mieux avoir de bons résultats.

Sauf qu’arrivée en seconde, ce fut le drame. Les notes ont dégringolé, et malgré ses efforts, ses résultats scolaires sont passés de l’excellence à la médiocrité. Résultat, elle a redoublé. Ça n’a servi a rien. Sa deuxième seconde a été aussi triste que la première. Pourtant, le cerveau de Gloubinette n’a pas été changé entre la fin du collège et le début du lycée. Ni même sa volonté à réussir. Et encore moins son rêve de devenir institutrice. C’était à n’y rien comprendre. Ou plutôt si. Gloubinette n’était tout simplement pas adaptée au lycée. Ce modèle pédagogique n’était pas celui qui lui correspondait le mieux. Et comme le lycée n’a pas voulu s’adapter à elle, et qu’elle n’a pas réussi, malgré ses efforts, s’adapter à lui, ce fut la cata absolue.

Comme tout les élèves en situation d’échec scolaire, Gloubinette a été suivie par une conseillère d’orientation, que nous appellerons affectueusement Mme Grossepute. Mme Grossepute a vraiment très bien fait son travail. Elle a commencé par dire à Gloubinette qu’elle était nulle et bête. Elle a renchéri en disant qu’elle n’arriverait à rien dans la vie. Puis elle a conclu en disant que la seule chose qui restait à Gloubinette, c’était un BEP, et que ça, c’était la honte interplanétaire. Constatons le professionnalisme de Mme Grossepute, qui en plus de piétiner l’égo de Gloubinette comme si c’était un vulgaire paillasson, considère que l’enseignement, quand il n’est pas général, c’est un truc de racaille qui finira au mieux en prison, au pire sur les trottoirs.

Evidemment, comme on peut s’y attendre, Gloubinette est sortie profondément blessée voire détruite de cet entretien. Sans trop m’avancer, je pense qu’elle en fait encore les frais aujourd’hui. On peut la comprendre: c’est rude à 15 ans, alors qu’on avait de l’ambition et des rêves, d’apprendre qu’en fait on est une bonne à rien qui ne réussira jamais sa vie.

L’année suivante, Gloubinette s’est retrouvée en BEP Vente. BEP qu’elle a eu les doigts dans le nez, avec des notes qui crevaient le plafond. Elle a enchaîné avec un bac pro, qu’elle a eu avec mention, sans vraiment se fouler. Et pour cause: nous vivons dans un pays ou l’enseignement technique est réservé à ceux dont on sait plus quoi faire. Les camarades de classe de Gloubinette étaient pour la plupart là à défaut d’être ailleurs. Résultat, le niveau était un peu au raz des pâquerettes, et Gloubinette s’est emmerdée pendant 4 ans, pour avoir un Bac Pro Commerce dont elle n’a rien à foutre.

D’ailleurs, Gloubinette s’ennuyait tellement en cours, qu’elle a décidé de s’investir ailleurs. Elle acommencé à bosser chez le grand M jaune pour pouvoir s’acheter une voiture. En plus de ça, elle a fait tout plein de formations pour enseigner la gym à des enfants. Ce qui fait que Gloubinette, la soi disant bonne à rien, en plus de passer son bac pro avec brio, travaillait au McDo et donnait des cours dans un club sportif. Une vraie glandeuse.

Son Bac en poche, Gloubinette aurait pu s’inscrire à la fac, passer une licence puis rentrer à l’IUFM pour réaliser son rêve de gosse. Mais c’est sans compter sur les dégâts causés par sa très mauvaise orientation. Gloubinette a donc fait le choix logique après son bac pro: un BTS de management des unités commerciales en alternance, dans une école qui a pignon sur rue et qui coûte un bras de bébé.

L’angoisse de tous les étudiants en alternance, c’est de trouver une boite qui veuille bien les embaucher le temps qu’ils aient leur diplome. Heureusement, Gloubinette n’a pas eu à s’en faire. L’école lui a servi un stage dans une boite (très très connue) sur un plateau d’argent. Gloubinette, naïve comme on pourrait tous l’être, ne s’est pas méfiée. Elle a donc passé ses deux années de BTS, et travaillé deux ans dans la fameuse boite. Nous passerons sur le fait que Gloubinette était censée être assistante commerciale, mais qu’elle a dû décharger des camions et travailler à l’oeil les week ends. Bref, deux ans de travail acharné, d’investissement personnel, et de bons résultats jusqu’à l’examen final.

Gloubinette, pure comme un faon nouveau né, croyait que l’exament final ne serait qu’une simple formalité. Elle a eu tout ses BTS Blanc, et a de bons retours de ses supérieurs. HA HA HA C’te bonne blague.

Gloubinette a reçu ses résultats de BTS. Elle ne l’a pas eu. Motif: Stage non conforme.

Gloubinette a passé deux ans à bosser, pour un salaire à trois chiffres, à faire le travail d’un salarié, espérant en contre partie se créer une expériences significative et obtenir un diplôme, pour RIEN. Tout ça parce que l’école (à 3000 euros l’année, tout de même), a voulu rendre un service à la boite de Gloubinette, en lui refilant de la main d’oeuvre qualifiée à moindre coût, tout en sachant que la main d’oeuvre se retrouverait le bec dans l’eau au bout de deux ans.

Evidemment, Gloubinette n’a pas voulu se laisser faire. Elle a contacté des organismes compétents pour voir comment avoir son BTS au mieux ou se retourner contre l’école qui l’a clairement prise pour une nouille. Sauf que évidemment, ces gens là sont très forts, et Gloubinette n’a aucune trace des tractations entre l’école et sa boite qui pourraient prouver que Gloubinette non seulement mérite son BTS, mais qu’en plus elle a été victime de deux très grosses boites qui ont fait de son avenir de la charpie.

Aujourd’hui, Gloubinette n’a pas son BTS. Elle attend de savoir si elle a droit aux allocations chômage. Elle n’a pas le droit au RSA parce qu’elle n’a pas 25 ans. Elle a l’intention de repasser son BTS en candidat libre l’an prochain (pour la modique somme de 1000 euros qu’elle n’a pas). Depuis une semaine, elle a trouvé un CDD de 20h au smic dans une boutique.

Gloubinette, qui est probablement la personne la plus bosseuse et volontaire que je connaisse, qui a un CV plein comme un oeuf et des compétences à revendre, est précaire et sans diplômes.

Dans ce cas là, on dit merci qui?

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