C’est grave docteur ?

Posted on 27 octobre 2011 par

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GéoClab est une précaire grand luxe: sur le point d’être au RSA et titulaire d’une thèse de doctorat. Pour trouver du travail, faites des études qu’ils disaient. Ah ben ouais, c’est vrai, on y avait pas pensé dis donc…

J’ai 30 ans, un bac + 8.

Déjà 2 ans de chômage et bientôt le RSA…

"ah ouais, c'est vrai on la voit bien la précarité là, même sans la loupe" (A. De Saint Exupéry)

J’ai 5 années d’expérience en tant qu’enseignante-chercheuse en Sciences Humaines ;  « Mon dieu ! A quoi ça sert ? Tu vas faire quoi avec ça ? ». Oui… Je suis géographe.

Le ou la géographe a l’avantage d’être partout à la fois, mais l’inconvénient de ne rentrer dans aucune case déterminée exclusivement pour lui ou elle ! Géographe, c’est un très beau titre, une grande qualité, mais ce n’est pas un métier à part entière !

En France, quand on n’a pas de diplôme, ça ne va pas, mais quand on est trop diplômé, ça ne va pas non plus, qui plus est dans des disciplines qui ne sont pas assez rentables économiquement parlant.

La solution ? Sous-évaluer mon CV bien sûr ! Bon ok… J’y dessine une fresque ou un gros trou noir durant les 5 années de mon doctorat ? Non pardon… je devrais dire « Mission de recherche et d’enseignement », c’est plus vendeur, ça fait plus pro, mais ça ne suffit pas.

J’arrive à décrocher de temps en temps des CDD alimentaires, mais bon… aller travailler avec ma voiture (oui, je suis en Province) et payer mes repas du midi, me coûtent plus cher pour le porte-monnaie qu’en étant au chômage !  Je travaille donc pour mon CV et surtout pour mon mental.

Et lors de ces recrutements CDD alimentaires pâtes, riz, blé, quinoa (faut bien varier un peu…), on me demande ce que j’ai bien pu glander ces 6 derniers mois d’inactivité (la recherche d’emploi n’en est bien sûr pas une)… J’imagine alors comment un recruteur peut réagir face à un trou noir de 5 ans ! Remarque… pour beaucoup la période doctorale est un énooooooorme trou noir ! Je ne suis qu’une étudiante attardée, complètement déconnectée des réalités de la vie (trop intello, aucun pragmatisme), sans aucune compétence, ni expérience et qui demande en plus à être payée grassement (rêveuse que je suis !!!).

Et comme j’ai le cerveau et le comportement d’une étudiante attardée qui a quand même, je dois avouer, de la chance de pouvoir compter sur son papa et sa maman, je ne rechigne aucunement à aller m’inscrire au Pôle Emploi pour toucher mes indemnités, à demander des APL, à aller faire une demande de HLM, à aller faire la queue pendant des heures au Centre des Impôts pour demander une modération (une exonération faut pas rêver !) de la taxe d’habitation. Oui, j’aime ! Que dis-je ?… J’adooooooore être assistée !!! C’est une activité dans laquelle j’excelle, j’ai d’énormes qualités et compétences pour cela.

Alors dois-je renier mon parcours d’universitaire pour trouver un boulot, puisqu’on considère que ça fait 30 ans que je ne fous rien ? NON ! De toute façon, j’peux pas ! Ou je mens…

Eh oui ! Parce qu’il existe aussi des employeurs qui ont honte de me recruter pour un boulot minable et qui sont certains que je trouverai bien mieux ailleurs sans aucune difficulté…. è donc on ne m’engage pas !

Comment jongler entre le « trop » et le « pas assez » ? Eh oui… le système est fait de telle sorte qu’il finit par me faire culpabiliser… C’est finalement de ma faute si je ne trouve pas de boulot.

Solutions :

  • « Passe des concours ! », « fais une autre formation ! ». Ben oui… je suis motivée pour ça après avoir passé 10 ans à la fac pour obtenir le graal – boulet des diplômes… ;
  • « Elargis ton champ de mobilité ». Ben oui… mais la probabilité d’avoir une réponse à ma candidature est bien plus faible, voire proche de 0 quand je postule à l’extérieur de ma région… et est-ce qu’un propriétaire voudra bien me louer un appartement sans que j’ai commencé à toucher mes 3 premiers mois de salaire ? ;
  • « Fais marcher ton réseau ». Ben oui… Mais on me répond : « Mademoiselle X, si on avait l’argent, on vous aurait créé un poste » ;
  • « Monte ton activité en freelance». Ben oui… ça permettra de me soustraire de la liste des demandeurs d’emploi, et d’y revenir « gaiement » par la suite sans aucune indemnités ;
  • « Trouve-toi un homme vieux et riche, 30 ans, c’est bel âge pour ça ». Ben oui… je vais y penser…Escort Girl ! Quelqu’un aurait le numéro de DSK ?!

Aujourd’hui je me rends compte que j’ai une vie de sexagénaire, mais pas forcément le salaire, des activités de sexagénaire, des horaires de sexagénaire quand je vais faire les courses, faire du sport pour pallier au sentiment d’inertie ambiante (quand je cours, beaucoup d’entre eux marchent, ce qui me fait sentir plus jeune, c’est déjà ça…)… sauf qu’avec l’allongement de la durée des cotisations, quand je serai sexagénaire, j’aurai une pleine activité de trentenaire ! Me sentirai-je rajeunie pour autant ?!…

TRENTENAIRE PRECAIRE, mais FIERE !!!

(Ouah ! Je fais des vers ! Et encore un ! Ben quoi ? J’ai le temps d’en faire ! Et re-encore un !)

Posted in: Témoignages