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Posted on 26 octobre 2011 par

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Ce matin, je me suis levée avec le nez qui pique et la gorge qui gratte.

Tu me diras que c’est normal hein. Le changement de saison, le temps humide, le froid qui s’installe, tout ça. Et tu auras raison. Ma grosse crève automnale, je vois pas comment je pourrais y couper.

Ce à quoi je ne couperai pas non plus, quand mon nez sera rouge, que mes yeux pleureront, qu’une rave party (so 1998) se sera installée dans ma boite crânienne et que je serais pétrie de courbatures, c’est à ma décision de ne pas me soigner. J’ai failli écrire choix à la place de décision, mais ça aurait été juste pour me rassurer. En vrai, je décide de ne pas me soigner, parce que je n’ai pas le choix.

Certes, tu pourras arguer qu’un rhume n’a pas forcément besoin d’un traitement de cheval pour passer. Ni même d’une visite chez le médecin. Je suis d’accord. Par contre, une boite de dolirhume, du flumucil, et une boite de vicks, ça peut soulager… Et ben je n’irai pas en acheter. Parce que ça n’entre pas dans mon budget, et que pour le prix de ses trois petites boites, je me paye le luxe d’une semaine de bouffe. Tant pis, au lieu de passer en 3 jours, mon rhume passera en 7. Je ne demanderai pas non plus d’arrêt maladie, puisque ça resserrerait mon budget déjà ridicule. Et encore, on est en 2011. En 2012, ce sera pire, puisque les indemnités seront calculées sur le salaire net plutôt que sur le brut. Je pense que cet hiver, ça va bien rigoler chez les précaires qui en plus de devoir rogner à mort sur le chauffage, devront soigner leur coup de froid à coup de bouillottes et de force intérieure.

Si j’ai la chance d’avoir de bonnes dents, on ne peut pas en dire autant de mes yeux. Si j’ai effectivement renoncé à l’opération (moitié par chochotterie, moitié à cause du coût de l’opération, que la vente d’un rein de comblerait pas), j’aurais bien besoin de me faire refaire des lunettes. Et ben ce sera pas pour tout de suite: je vais continuer à voir flou encore un petit bout de temps. Pourtant, j’ai une mutuelle (qui a augmenté, plan d’austérité oblige) (c’est marrant cette manie de faire payer les citoyens alors qu’ils ne sont pas responsables de la crise) (surtout quand ils ont un pouvoir d’achat aussi élevé que le QI d’un candidat de Secret Story) (mais je m’égare). Et j’ai même pas besoin de changer la monture de mes lunettes. Et oui, mais mes verres ne sont pas suffisamment bien remboursés. Et comme en plus je me paye le luxe de vouloir des verres de myopes amincis, et traités antirayures et antireflets, simplement parce que je ne veux pas de cul de bouteilles qui finiront tout griffés en quelques semaines et qui me fileront des migraines à cause des reflets, et ben je continuerai à faire la grimace pour lire les sous-titres au cinéma.

Je me plains, je me plains, mais je suis pourtant pas la plus mal lottie. J’ai une santé de fer, et je me gamelle tellement souvent que je sais très bien tomber, et il n’est pas encore arrivé le jour ou je me casserai la cheville en glissant sur des pavés mouillés. Même si je touche du bois en disant ça, mes besoins de santé ne sont pas très élevés. Mais quand je vois qu’un tiers des étudiants est aujourd’hui obligé de se priver de soins, et que 19 % d’entre eux n’ont pas les moyens de se payer une mutuelle, et que c’est pas prêt de s’arranger vu que la taxation des mutuelles va passer de 3,5 à 7% et que c’est encore Bibi, étudiant en L2, non boursier mais dont les parents n’ont cependant pas les moyens de payer le loyer et les factures, nourri exclusivement aux pâtes Lidl, agrémentées de beurre et de gruyère en début de mois qui va en pâtir. Suivi de près par la mère célibataire au RSA et son moutard qui a chopé une angine carabinée, plus ou moins à égalité avec le papy qui cumule la retraite ridicule, un traitement lourd qui inclut de nombreux médicaments de moins en moins remboursés, une hypertension artérielle sévère (première pathologie depuis 1945 à être retirée des pathologies longue durée ce qui signifie qu’elle ne sera plus prise en charge à 100%).

Ce matin, donc, je me suis levée avec la gorge qui pique et le nez qui gratte, et j’ai réalisé que pour être un précaire pas trop malheureux, valait mieux avoir la santé d’Ironman.

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