Comment rater sa candidature ?

Posted on 14 octobre 2011 par

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Etre précaire c’est chouette.

Pas plus tard que tout à l’heure, ma mamie (qui est à mes yeux la voix de la sagesse), m’a dit, après avoir entendu l’histoire merveilleuse de mes déboires professionnels, m’a dit « au moins toi t’es pas comme tout ses branleurs d’assistés qui touchent le RSA ». Je n’ai pas osé la contrarier en lui disant que d’une part, je touchais effectivement le RSA, et que d’autre part, c’est pas forcément être assisté que d’être à ce point éloigné de l’emploi qu’on doive vivre avec 400 boules par mois. J’ai même beaucoup réfléchi, et je me suis dit qu’elle avait raison. Etre précaire, c’est vraiment chouette: pas besoin de se lever le matin, pas besoin de se laver non plus. Pas besoin de se casser la tête pour savoir ce qu’on va manger le soir: c’est simple, soit rien, soit des pâtes. Alors j’ai décidé que j’allais le rester. Et pour cela rien de plus simple. 

Il suffit de se maintenir éloigné du monde du travail, en foirant ses candidatures.

Je te vois venir, les étoiles dans les yeux, la bave aux lèvres, frémissant d’envie et d’impatience: « Mais comment faire? ». Je te comprends, moi aussi j’adore savoir que mon sort dépend des aides sociales et que ma grand mère pourrait me considérer comme une assistée. C’est tellement sympa de se retrouver tout en bas de l’échelle sociale des actifs français, qu’on a du mal à s’imaginer faire autre chose.

Alors écoute bien, c’est facile, il suffit de suivre les conseils avisés de Tata Almira.

Premièrement, il faut choisir une petite annonce à laquelle répondre. Et oui, il y en a plein. Et dire qu’après ça, on te fait croire que c’est la crise. Non mais je te jure.

Bref. On choisis une annonce. Mais pas au hasard. On en choisit une à des années lumières de ce qu’on veut faire et de ce qu’on sait faire. Sinon on met trop de chances de son côté, et ça c’est pas ce qu’on souhaite. On est censés être des flemmards d’assistés, ne l’oublions pas! Par exemple, j’ai choisi cette annonce:

Notez l’ironie du pôle emploi qui me dit « offre correspondant exactement à vos critères ». Faut dire que j’ai appris avec le temps à ne plus avoir de critères du tout.

Bref. Cordiste. Postulons.

Primo, le CV.

Pour mettre toutes les chances d’un autre côté que du mien, je vais joindre en réponse à cette candidature un CV chiadé, photoshopé
avec soin, dans la tendance du minimalisme chic du moment. Je l’agrémenterai d’une photo de moi imitant un canard qui se serait mis du rouge à lèvres prise par moi même à bout de bras. Concernant le contenu. Je n’hésiterai pas à mettre en valeur mon côté intello binoclarde: j’ai fait de longues études, je parle anglais, j’adore la littérature britanique du 18ème, la nouvelle-nouvelle vague allemande, l’art contemporain, et je me suis récemment mise au théâtre. Par contre pas un mot sur une quelconque activité sportive (ce ne sera pas bien dur).  Mais je peux éventuellement placer qu’on aime les chats et tricoter des mitaines. Côté expériences, je pense mettre en exergue le fait que je n’ai jamais travaillé autrement que le cul vissé sur une chaise de bureau, les yeux collés sur un écran.

Deuxio, la lettre de motivation.

Concernant la forme, ma lettre sera longue. Ecrite en petit et avec un interlignage faible. Il faut que le recruteur en la recevant, ait l’impression de se prendre un parpaing dans la gueule, sans même avoir commencé à la lire. Le style aussi est important. Ne pas hésiter à enchaîner les métaphores filées, les allégories et les paraboles. Plus c’est lourd et indigeste, mieux c’est. Je n’hésiterai pas non lus à utiliser l’imparfait du subjonctif, même si je sais pas très bien ce que c’est. Pour le fond, un seul mot suffira à plomber définitivement la candidature: le mot VERTIGE. C’est pourquoi je le citerai au moins cinq fois dans le corps de la lettre. avec peut être l’expressions « phobie des hauteurs ». Je préciserais malgré tout qu’en seconde, j’ai fait un cycle escalade en EPS. Mais que je n’avais pas eu la moyenne. J’évoquerai ma maladresse, et mon strabisme, qui en plus d’être laid, me donne une très mauvaise idée des distances et aucune notion de profondeur.

Pourquoi est ce que ma candidature va me permettre de rester précaire encore un moment:

Facile. Cordiste, c’est un métier physique. Un boulot d’action. De muscles. De courage. De réflexes. Un truc bien ancré dans la réalité, au point ou si tu t’en écartes un tant soit peu, tu risques le drame de la chute. Il faut réparer des toits tout de même! Or, en me présentant comme une intello qui voit rien, une geek avec des escarres sur les fesses et aux bras mous, une fille à chats, une chochotte sujette au vertige, on est carrément dans le ton.

Après, reste à savoir si je recevrai une lettre sinon de refus, au moins d’insultes.

Je vous tient au courant.

si toi aussi tu as reçu une offre d’emploi, et qu’en tant que grosse flemmasse tu aimerais tellement ne pas être prise, n’hésite pas à me l’envoyer à payetonprecaire(a)gmail.com, je verrais ce que je peux faire…

Prochainement, nous verrons comment lamentablement foirer son entretien d’embauche.

Posted in: lol