Les avantages de la précarité

Posted on 12 octobre 2011 par

2


Parce que oui, il peut y avoir des avantages à être précaire.

Par exemple, être à la dèche, ça t’apprend plein de chose sur toi. ça fais avancer l’être humain que tu es malgré tout.

Être précaire, c’est dépendre bien souvent des aides sociales, type allocation chômage, RSA ou autres. Or, qui dit aide sociale dit administration. Qui dit administration dit papiers. Et qui dit papiers dit souvent crise d’hystérie.

Exemple de base: le Pôle Emploi.

Pour s’inscrire au pôle emploi, il faut premièrement digérer le fait qu’on doive s’inscrire au pôle-emploi. Une fois que c’est fait (et ça n’est pas une mince affaire), il faut rassembler toutes sortes de documents. Des fiches de salaires, des contrats, des diplômes, des attestations, des certificats, des copies, des originaux, des fac-similés. Il faut remplir des formulaires, et trouver les informations avec lesquelles remplir lesdits formulaires. Souvent, ses informations sont soit bien cachées soit carrément perdues. Alors il faut les chercher. Puis faire les démarches pour pouvoir récupérer celles qu’on a pas retrouvées. Les trier. Les classer. Les agencer. Les archiver. Pour ne pas avoir à le refaire quand le pôle emploi aura perdu notre dossier. Parce que c’est une règle immuable: plus le dossier a été coton à constituer, plus il a de chances d’être perdu par Pôle Emploi.

D’autant que le pôle emploi ne voyage jamais seul. Il est souvent suivi de prêt par sa copine la CAF, qui certes te permets elle aussi de mettre des épinards sous le beurre, mais qui prend un malin plaisir elle aussi à te demander des documents dont tu ne connais même pas l’existence et qu’une fois trouvés (après de longues heures de fouilles spéléologiques) elle se fera un plaisir d’égarer.

C’est pour quoi la première chose que t’apprend la précarité, c’est l’organisation.

Puis petit à petit, le précaire va commencer à réfléchir à son sort. Certes, au début (soyons honnêtes, les deux premiers jours), le précaire, dépourvu de contraintes ou de responsabilités professionnelles, criait à qui voulait bien l’entendre que se lever à 11h les matins de semaine et passer la journée à mater MTV c’était ce qui pouvait lui arriver de mieux. Puis progressivement, au fur et à mesure que les perspectives qui s’offrent à lui s’amenuisent (MTV balance toujours les mêmes programmes en boucle, finalement c’est pas si chouette) , ce qu’il envisageait comme de chouettes vacances se met de plus en plus à ressembler à un labyrinthe sans fin, jonché de candidatures infructueuses, d’entretiens foirés, de secteurs d’emplois bouchés. Progressivement, quand on lui demandera ce qu’il fait dans la vie de « oh, là, je fais un break, j’ai besoin de me retrouver » à « TA GUEULE, JE T’EN POSE MOI DES QUESTIONS? ».L’égo du précaire en prend un grand coup, mais il ne peut pas baisser les bras, il risquerait de finir de tout foirer

délice régressif minimaliste au beurre

C’est là que la précarité, elle t’apprendra l’humilité de celui qui ne peut se contenter que de son petit sort en attendant mieux.

Par définition, le précaire n’a pas de thunes. Il est fauché. Il n’a pas un radis. Pourtant, il a des besoins. Enfin, on lui fait croire qu’il a des besoins. Rappelons nous que nous vivons dans une chienne de société capitaliste ou la valeur des gens qui la composent semble souvent être basée sur ce qu’ils consomment. Or, le précaire, par définition, ben il consomme pas grand chose, ce qui le place pas toujours bien haut sur l’échelle sociale. C’est pour ça qu’il lui faut ruser. Le précaire saute donc à pieds joints sur la mode du vintage (la fripperie sociale du quartier est de plus en plus hype, ça tombe à merveille), qu’il traficote son sèche cheveux tombé en rade avec du scotch, et qu’il est capable de confectionner un suprême de pâtes sauce rizière aux saveurs d’orient (AKA les restes de pâtes mélangés aux restes de riz et aspergés de curry).

Oui le précaire se doit d’être créatif.

Évidement, le précaire peut se targuer de développer toutes sortes d’autres qualités, comme le sens de l’humour, la patience, la réactivité (je n’ai jamais rien vu d’aussi rapide qu’un précaire qui saute sur une offre d’emploi) et les capacités d’adaptation.

Finalement, le précaire, il a tout du candidat idéal, non?